Christian
Michel
Qu'est-ce que le
« juste prix » ?
Les produits
« solidaires » sont à la mode. Café, miel, chocolat, ont pris leur
place dans tous les supermarchés Coop et Migros, qui jouent un rôle actif pour
la promotion de ces vecteurs d'un « commerce équitable ». On les
reconnaît à des emballages qui évoquent la plantation tropicale et ses péons.
Le nom de marque, Amigos, accentue encore l'origine exotique et lui
ajoute une dimension conviviale. Le prix de ces produits est plutôt plus élevé
que celui de la concurrence, mais, dans sa campagne de relations publiques, le
producteur, « Max Havelaar », explique que cette cherté est
exemplaire, que la marge commerciale dégagée est versée aux petits planteurs
pauvres d'Amérique Latine et d'Afrique, et donc que ces prix forts sont des
prix « justes ».[1]
Mais en quoi sont-ils
justes ? Possédons-nous un critère sûr pour repérer le juste et l'injuste dans
le prix des marchandises, et, s'il existe, quel est ce critère ?
Nous ne pourrons pas traiter de la question du juste prix sans nous
entendre sur une définition de la justice. Trop de débats sur ces questions de
« justice sociale » restent stériles par absence de cette précaution
préalable. La justice consiste à rendre à chacun le sien. On la symbolise
par une figure féminine tenant en main une balance, les yeux bandés pour ne
pas voir qui est jugé. Le [2]bon
juge fait « acception des personnes », car, malheureusement, les gens
sympathiques peuvent avoir tort. La justice est également indépendante de nos
sentiments, de nos préférences, de nos passions... Ainsi nous pouvons
souhaiter la victoire de tel joueur et trouver « injuste » qu'il
perde, mais si la partie est jouée selon les règles, le résultat est juste,
quels que soient l'ampleur de l'échec et le sentiment que nous en éprouvons. La
justice est une affaire de règles, non de résultats.[3]
A l'échelle de la société,
cette confusion entre justice et « sentiment de justice » n'est pas
plus permise. Les mauvaises fortunes économiques qui souvent nous émeuvent ne
sont pas forcément la conséquence d'injustices. Ce n'est donc pas en faisant
appel à la justice que nous devons les réparer, mais à d'autres valeurs, qui
corrigeront ce que la justice a d'inflexible : l'entraide, la solidarité
volontaire...
Il est essentiel d'établir
toujours cette distinction entre la justice et les sentiments de sympathie et
d'antipathie que nous pouvons avoir. Il y va de notre sécurité juridique à
tous. Si la justice ne répond pas à des critères objectifs, elle devient le
résultat de l’arbitraire du juge. Avec des sentiments et de l’arbitraire, on
lynche, on exécute sommairement, mais on ne rend pas la justice. C’est en faisant référence à ces
notions subjectives et romantiques de la « justice », dites
« justice révolutionnaire », « justice sociale »,
« justice de Dieu » .., qu’on a pu écrire : « La quête
de la justice détruira le monde ».
Enfin, nous répugnons à
pratiquer la responsabilité collective. Si un tort a été causé, il appartient
à l’auteur de le réparer et non pas aux membres de sa famille, de son clan, à
ses voisins ou ses compatriotes. L’exercice de la justice consiste à rechercher
exactement l’auteur d’un préjudice, en évaluer le montant, et s’assurer que
c’est bien la victime qui est dédommagée. On n’est pas juste en demandant
réparation aux innocents, pas plus qu'on n’est généreux avec l’argent des
autres.
Ces définitions rappelées
seront nos outils pour y voir plus clair dans cette question du juste prix.
Nous proposons ici d'analyser d'abord le mécanisme de formation des prix, puis
les conditions auxquelles nous pouvons affirmer qu'un prix conclu est juste,
et, enfin, les engagements que nous pouvons prendre dès aujourd'hui pour faire
cesser l'injustice.
Aristote
déjà..
Il y a seulement une
centaine d'années que les économistes ont trouvé une réponse satisfaisante à
une question qui avait intrigué bon nombre de penseurs depuis
l'Antiquité : celle de la relation entre la valeur d'un bien, le prix
effectivement payé pour ce bien, et son coût de production.
Les philosophes grecs
s'étonnaient (comme doit le faire tout bon philosophe) de ne pas trouver de
corrélation entre la valeur d'une chose et son utilité. La plupart des êtres
humains se passent fort bien de ne jamais posséder de diamant, mais aucun ne
pourrait vivre sans eau; pourtant une rivière de diamants, même de la plus
mauvaise eau, vaut infiniment plus cher qu'un litre d'eau même de la plus pure
des rivières.
Devant ce paradoxe, on a
soutenu que ce n'était pas l'utilité d'une chose mais sa rareté
qui déterminait son prix. Les diamants seraient chers parce qu'ils seraient
rares. Mais là non plus, cette hypothèse ne résiste pas à l'examen. Mes autoportraits,
que je me risque parfois à commettre, sont beaucoup plus rares que ceux de
Rembrandt, mais valent (très considérablement) moins cher. Les potaches de
première année de philosophie ont depuis longtemps réglé son compte à cet
essai de corrélation entre la rareté et la cherté d'un bien avec le syllogisme
célèbre : tout ce qui est rare est cher; un cheval borgne est rare; donc
un cheval borgne est cher.
Aristote, dans son Éthique
de Nicomaque, pose le problème de façon originale. Le premier, il se
demande si l'on peut découvrir dans la nature même des choses un attribut qui
déterminerait leur prix. L'enjeu est important pour notre propos. Car si le
prix d'une chose est inscrit dans sa nature même, le problème que nous posons
du juste ou de l'injuste de ce prix changerait de sens. « Juste » ne
devrait plus être entendu dans le sens de justice, mais de justesse.
Nous serions passés d'une question de morale à un simple exercice de calcul. Le
prix d'un objet se mesurerait comme ses autres attributs physiques, son poids,
ses dimensions, sa densité.. L'économie deviendrait une discipline
scientifique.
..
et Marx aussi
Ce mystérieux attribut,
Ricardo, suivi par Marx qui reprend à son compte la thèse du célèbre économiste
anglais, croit le repérer dans la quantité de travail employée à la fabrication
des choses. Lorsque les individus échangent des marchandises, ils
échangeraient en réalité le travail « incorporé » dans ces marchandises.
Il suffirait de compter ce travail, par exemple en heures d'ouvrier, pour
déterminer le prix « juste ».
Mais croire que seul le
travail donne sa valeur aux choses est oublier la diversité de la Création.
Extraire du charbon ou du métal de haute teneur demande moins de travail, et
pourtant apporte plus de valeur, que l'extraction de minerais moins concentrés.
Quel que soit le soin qu'il apporte à sa vigne, un vigneron de l'Hérault ne
produira pas un grand Bordeaux.[4]
De même que les
disponibilités de la nature, les capacités des êtres humains sont différentes.
L'ingénieur qui a entièrement conçu un nouveau procédé de fabrication, et qui
n'y a peut-être passé que quelques heures, a apporté autant de valeur à une
marchandise que l'employé qui pendant des journées entières n'a eu qu'une
simple fonction d'exécution. En outre, c'est beaucoup moins la quantité que la qualité
du travail qu'il faut considérer. La difficulté de fonder la valeur d'une
marchandise sur la seule quantité de travail qu'a nécessitée sa fabrication
reste donc entière : un produit de mauvaise qualité que les utilisateurs
rejettent peut avoir demandé autant de travail qu'un autre qui est de bonne
qualité. Faut-il payer ceux qui proposent un produit qui ne sert à
rien ? Ce serait rémunérer le
gaspillage.
En formulant sa théorie de
la valeur-travail,[5]
Marx perdait de vue que l'activité économique est au service de l'être humain.
Et si un objet ne sert pas, n'apporte pas de satisfaction, il ne
sera pas acheté. Son prix tendra vers zéro, quelle que soit la quantité de
travail qu'il incorpore. Tous les produits invendables des économies
socialistes, et les échecs de nombreux industriels capitalistes, en témoignent.[6]
Aristote avait répondu à sa
propre interrogation et sagement conclu qu'il fallait renoncer à déduire un
prix de la nature même d'une chose.[7]
Car les prix ne renvoient pas plus à la « valeur-travail » qu'au besoin,
à la demande, à l'utilité ou à la rareté. Un prix ne traduit rien d'autre
qu'une entente entre deux personnes en vue d'un échange. Nous reviendrons
tout de suite sur cette définition, mais il n'est pas inintéressant de rappeler
ici que les premiers à l'avoir proposée et à s'être sérieusement penché sur le
mécanisme de la formation des prix étaient les jésuites de la célèbre
université de Salamanque, en Espagne, au XVIème siècle.[8]
Il n'y a de prix que dans
et pour l'échange. Le prix se forme nécessairement dans un rapport avec autrui.[9] Robinson connaît ses coûts (« ramener
ce fagot de bois va me demander une heure de portage »), mais fixer un
prix n'a pas de sens pour lui (en rémunération d'une heure de portage, à qui
va-t-il demander deux kilos de poisson frais ?). Un prix se conclut dans un
rapport social entre deux personnes.
Et notre question du juste
prix prend alors son vrai sens au sein de cette relation : juste pour
qui ? Car à strictement parler, un prix, une étiquette, une poignée de
francs ou de dollars, ne sont en soi ni justes ni injustes, pas plus que des
grammes ou des kilomètres. On ne peut se référer à la justice qu'à propos des
personnes humaines. Ce n'est donc pas le niveau d'un prix payé qui nous concernera,
mais de savoir si ce prix, quel qu'il soit, pour la personne qui le paye ou
celle qui le reçoit, est conforme à la justice.
Constatons d'abord que ceux
qui achètent du café de n'importe quelle marque dans nos magasins de Suisse
sont d'accord avec les prix. Bien entendu, si on les interrogeait, ils préféreraient
tous que le café soit moins cher - même gratuit, tant qu'on y est. Le fait
observable, objectif, est que les acheteurs ne se rabattent pas sur les
tisanes et les ersatz, ils ne se privent pas de café. Dans un monde réel, qui
n'est pas celui idéal où l'on rase gratis, ils payent le prix demandé. S'ils ne
le faisaient pas, le produit disparaîtrait vite des rayons.
Et un phénomène symétrique
se passe du côté des producteurs. Nous savons que leur situation économique est
souvent difficile, précaire. A ce point de notre réflexion, contentons-nous
seulement de noter les faits : si le café n'a pas disparu, malgré les prix
très bas, c'est que beaucoup de producteurs n'en ont pas abandonné la culture;
ils vivent mal avec elle, mais sans doute ont-ils jugé qu'ils vivraient
encore plus mal sans elle. Certainement, ils préféreraient que le café soit
plus cher. Mais eux aussi, habitants d'un monde réel, ont accepté le prix payé.
Pour une grande partie du
commerce mondial, il n'en va pas autrement : ceux qui achètent et vendent
des marchandises le font parce qu'ils sont d'accord sur les prix.
Observons dans ce cas que
ce n'est pas un juge, ou un tribunal, ou une commission d'experts, qui fixe
les prix. Ces « juges des prix » rendraient nécessairement un verdict
arbitraire. Nous l'avons vu, ils ne trouveraient rien d'objectif dans la nature
des marchandises qui leur permettrait d'en déduire un prix. La seule fonction
légitime de ces juges serait de constater l'accord des parties sur les
prix de transaction. Dans la pratique de nos économies, cette fonction de
constat n'est pas tenue par un juge. Ce sont les bourses de marchandises sur
les grandes places financières comme Londres et New York, et les agences
d'information, telles Reuters et Bloomberg, qui enregistrent officiellement les
prix payés pour les matières premières, et diffusent cette information.
Encore une fois, si un prix
est payé, ce n'est peut-être pas celui qu'espérait obtenir l'acheteur ou le
vendeur au départ de la négociation; comme dans tout rapport social, nous
devons tenir compte des souhaits et des intérêts d'autrui (quoi qu'en pense
l'acheteur, le café ne saurait être gratuit). Mais aucune des parties ne peut
dire de bonne foi qu'elle est lésée par le prix payé sur un marché libre, car
si elle le pensait, elle ne conclurait pas la transaction.
Chaque partie, par cet acte
d'échange, déclarant « recevoir son dû », nous pouvons constater que
cette transaction satisfait à la définition de la justice que nous avons
rappelée plus haut. Peut-être pouvons-nous alors hasarder notre définition du
« juste prix » : le juste prix est celui auquel acquiescent
l'acheteur et le vendeur.
Mais pas si vite ! Ne voilà-t-il pas une affirmation
irréfléchie ? Nous pouvons citer tout de suite des exemples d'échanges qui
répondent en apparence à la définition proposée et qui heurtent cependant
nos sentiments. Les parties sont-elles réellement consentantes ? Que
veut dire « être d'accord » lorsque la puissance de l'une est
infiniment supérieure à celle de l'autre ?
Ce sont là des objections
fortes qui ruineront notre définition du juste prix si nous ne pouvons pas y
répondre.
1. Le manque
d'informations
Tout échange est un
contrat, même s'il n'est souvent qu'implicite. Si la contrepartie de notre
échange nous a trompés (elle n’est pas la propriétaire du bien échangé, les
billets qu’elle remet en paiement sont faux, la marchandise ne correspond pas à
la description..), nous sommes fondés de recourir en justice contre elle pour
obtenir l'annulation de l'échange. Le contrat n'a pas été respecté.
Cependant, il nous arrivera
d'acheter une marchandise et de découvrir ensuite, soit qu'elle nous est
inutile, soit que nous aurions pu l'acheter, ou une autre semblable, à de bien
meilleures conditions. Dans ces cas-là, nous nous sommes trompés nous-mêmes et,
si nous regrettons le prix payé, ce prix n'en était pas moins juste. Sur le
moment, il nous manquait une information, mais ce n'est pas le vendeur qui
nous en a privés. Nous étions l'un et l'autre de bonne foi. La publicité,
la transparence des marchés, les conseils que nous devons solliciter de notre
entourage et de professionnels, nous aident à prendre des décisions; mais
notre information ne sera jamais complète. La théorie de la concurrence pure et
parfaite, où agissent des acteurs omniscients, n'existe que dans l'imagination
des économistes libéraux classiques.
2. L'inégalité des
termes de l'échange
Si nous étions identiques
et placés dans les mêmes circonstances, nous produirions nécessairement les
mêmes biens, nous n'aurions rien à échanger. Heureusement, tel n'est pas le
cas. Les êtres humains diffèrent par leurs capacités créatrices, leurs
aspirations, l'environnement dans lequel ils se trouvent... Ces différences,
non seulement rendent l'échange possible entre eux, mais font qu'il peut être
profitable à tous.
Pour le comprendre, il faut
savoir que la nature du rapport entre valeur, prix, et coût est d'être
inégal. Si un consommateur éprouve une fringale de chocolat « Max Havelaar » et trouve F 2,30
dans sa poche, il faut pour qu'il descende acheter ce chocolat que cette
fringale vaille plus pour lui que F 2,30, sinon, il garderait son
argent ; et si « Max Havelaar » a fixé le prix de vente à F
2,30, c'est que cette somme représente plus que son coût de fabrication
et lui laisse donc un bénéfice.
Ainsi la règle générale
pour qu'un échange ait lieu est que
valeur pour
l'acheteur > prix > coût du vendeur
L'inégalité valeur pour
l'acheteur > prix témoigne de la satisfaction de l'acheteur.
L'inégalité prix >
coût montre que le vendeur réalise un profit, ce qui lui est nécessaire.
En quoi une inégalité, qui
avantage chaque partie et que chaque partie accepte, pourrait-elle constituer
une injustice ?
En se méprenant sur le sens
de cette inégalité fondamentale entre valeur, prix et coût, certains (piètres)
économistes ont soutenu que l'échange lui-même était inégal, qu'il lésait
nécessairement une des parties qui n'y trouvait jamais son compte. C'est une
absurdité logique. Car, s'il est librement accepté, l'échange est
favorable aux deux parties - sinon on se demande vraiment pourquoi il aurait
lieu. En ce sens, l'échange, le commerce, peut être assimilé à un processus
productif.
L'échange est créateur
de valeur. L'acheteur comme le vendeur obtiennent un bien qui, pour chacun,
a plus de valeur que le bien qu'il cède en contrepartie.
Il est bien connu que les
circonstances de la vie nous obligent à prendre des décisions économiques à
contrecoeur. Tel commerçant, par suite de la conjoncture ou de ses propres
erreurs de gestion, est poussé à liquider son stock pour satisfaire ses
créanciers. Il préférerait certes ne pas vendre à des prix sacrifiés. Néanmoins
les consommateurs peuvent profiter de l'aubaine sans mauvaise conscience. En
fait, s'ils s'abstenaient d'acheter, les finances de ce commerçant ne s'en
porteraient que plus mal. Ils prennent avantage d'une situation qu’ils
regrettent par ailleurs, mais qu’ils n’ont pas à se reprocher, comme la
situation d'être promu à la fonction d'un supérieur trop tôt décédé.[10]
Chacun peut moralement déplorer cette situation, mais personne n'en est la
cause. Même si une des parties se plaint d'avoir à les pratiquer, les prix
de braderie, dans notre exemple, ne sont pas le résultat d'une violence physique;
ils sont donc librement consentis. Ce sont de justes prix.
En revanche, si la
transaction n'est pas librement accepté, si elle résulte d'un acte de violence,
on n'est plus alors dans le cas d'un échange, mais d'une extorsion, d'un vol,
d'un esclavage. Ce n'est plus l'échange qui est inégal, mais la capacité de
s'imposer à l'autre par la violence physique. Nous ne nous trouvons plus dans
une situation d'économie de marché, où les biens circulent par l'échange et
par le don, mais sous un régime de racket ou d'économie planifiée, où les biens
sont répartis par l'usage de la force.
3. Les situations
de monopole
Le monopole est sans doute
la notion la plus mal comprise par les économistes. On parle de monopole
lorsqu'une entité contrôle toute l'offre disponible d'un produit. Pour la
théorie économique libérale classique, cette situation est à éviter
absolument. En effet, ceux qui sont en situation de monopole pourraient exiger
le prix le plus exorbitant pour leur produit. Il n'y aurait plus de
concurrence, plus d'alternative pour le consommateur que d'en passer par les
exigences du monopoleur. Les hommes de l'Etat voient là un dysfonctionnement
du système libéral de formation des prix, et se sont dotés d'un arsenal
juridique pour empêcher la constitution de monopoles - sauf, bien sûr,
lorsqu'ils les administrent eux-mêmes.
Comme chaque fois qu'un
jugement devient un lieu commun, il est bon de s'interroger. En quoi un
monopole est-il nuisible ? En effet, dans une économie de marché, les
entrepreneurs sont attentifs à répondre à toutes les demandes des
consommateurs. Une initiative de l'un d'entre
eux, bien reçue par le
public, suscitera aussitôt des émules. Le monopole ne peut donc exister que
dans un seul cas, lorsqu'un producteur est tellement efficace que personne ne
se sent en mesure de faire mieux que lui. Mais dans cette situation, le
consommateur n'est pas perdant. Il paie le juste prix, puisque personne n’est
capable d’offrir de meilleures conditions.
La garantie de juste prix
pour le consommateur n'est pas qu'il y ait concurrence mais possibilité
de concurrence. Car si son extraordinaire efficacité permet à un producteur de
se maintenir seul sur un marché, ce monopoleur sait qu'à tout moment, en régime
de liberté, s'il augmente ses prix ou dégrade son service, un concurrent
surgira pour attirer vers lui les clients déçus. La simple menace de cette
arrivée de la concurrence est une incitation pour le monopoleur à pratiquer le
juste prix.
La possibilité de concurrence
n'a pas besoin pour être dissuasive de se situer sur le même produit. Elle
peut porter sur des produits de substitution. C'est pourquoi, même la nature,
dans sa diversité, ne permet pas la constitution de monopoles. Les clichés qui
traînent encore dans les manuels sur les monopoles « géographiques »
ou de « ressources naturelles » supposent des acteurs économiques,
des hommes et des femmes, dénués de bon sens. Le propriétaire d'une oasis dans
le désert ne pourra exiger qu'une seule fois un prix exorbitant pour son eau;
dès que la nouvelle de cette extorsion sera connue, les caravaniers emporteront
des réserves supplémentaires, ou emprunteront d'autres pistes, pour éviter le
ravitaillement à cette oasis.[11]
Si une situation de
monopole perdure, c'est donc, ou bien qu'elle est satisfaisante pour toutes les
parties, pratiquant le juste prix, ou bien qu'elle est instituée par la
contrainte, par l'interdiction de la concurrence.
La plupart des monopoles
existant aujourd'hui sont ceux imposés par les gouvernants pour soustraire un
secteur d'activités à la concurrence. Ces secteurs varient selon les pays, mais
on retrouve en général l'institut d'émission monétaire, les chemins de fer, la
téléphonie, la poste, l'enseignement, la distribution d'électricité ... Le
reproche qu'on peut adresser à ces monopoles protégés par la puissance
publique est qu'ils rendent impossible la découverte du juste prix. Personne
ne peut savoir si un concurrent ferait mieux puisque la concurrence est
interdite.
On entend beaucoup de
discours tenus aux noms de l’humanité et de la nature, mais pourquoi ne pas
laisser les intéressées s’exprimer elles-mêmes ? Elles le font au moyen du « marché ». Ce que les économistes
appellent le marché n’est rien d’autre qu’un dialogue que les êtres humains établissent
entre eux et avec la nature. Il existe bien des façons pour les êtres humains
d’être reliés entre eux - l’amour, l’amitié, les liens de parenté, les
affinités culturelles,... - et autant d'autres façons d'être reliés à la nature
- par exemple, par le travail, ou la contemplation et la célébration... Le
marché est l’une de ces communications, celle que les êtres humains établissent
lorsqu’ils veulent produire et distribuer sans violence les biens dont ils ont
besoin.
Cette fonction de
communication et d’information qu’exerce le marché est refusée par ceux qui
aspirent au pouvoir politique, car elle leur retire le rôle qu’ils s’attribuent
volontiers « d’ingénieurs de la société », qui seraient capables
d’anticiper les « vrais » besoins des gens et de planifier les
disponibilités de la nature. Une société d’hommes libres ne reconnaît pas une
telle élite qui saurait à la place des gens eux-mêmes ce qui est bon pour eux.
Sur le marché, c’est
chacun de nous qui est
appelé à chercher quelle activité de créateur et de producteur il veut exercer.
Et le guide qui nous est donné pour savoir si notre activité répond aux
attentes des autres hommes et correspond aux disponibilités de la nature,
n’est pas la théorie de quelque comité de savants ou de fonctionnaires, mais
tout simplement l’évolution des prix établis par l’offre et la demande.
Comment la seule évolution
des prix nous indique-t-elle si notre activité est en harmonie avec la nature
et répond aux besoins des êtres humains ?
Considérons ce qui se passe
lorsqu’un produit est abondant par rapport à la demande. Son prix reste
relativement bas. C’est comme si les utilisateurs recevaient de la nature et
des producteurs un message que l’on pourrait traduire ainsi: « Ne vous privez
pas, il y en aura pour tout le monde ». Et la disponibilité de ce produit
à des prix bas va inciter chacun à le substituer à d’autres plus onéreux et lui
trouver de nouvelles applications. Imaginons maintenant que cette augmentation
de la consommation provoque une tension sur les prix. Cette hausse est une
nouvelle invitation, adressée cette fois aux producteurs que les prix bas
auraient découragés, à relancer la production. Si leurs capacités et les
disponibilités de la nature leur permettent de le faire, l’offre accrue
stabilisera les prix. Mais si la nature est épuisée, le coût de production plus
élevé va se répercuter sur les prix de vente. Cette cherté du produit est comme
un troisième message que la nature adresse aux utilisateurs pour leur enjoindre
d’économiser ce produit et de lui chercher des substituts.
On comprend alors le rôle
des prix : les prix sont de l'information[12].
Ils sont les signaux qui nous indiquent si notre action répond ou non aux
désirs des gens et si elle s'inscrit pacifiquement dans notre environnement ou
l'agresse. Mais, bien sûr, une information n’est fiable que si elle n’est pas
censurée ni manipulée. Les prix reflètent fidèlement l’état des ressources dans
le monde et l’état de la demande dont elles sont l’objet, à condition que la
puissance publique ne les déforme pas par l'octroi de subventions, l’imposition
de contrôles de prix, de quotas qui entretiennent des pénuries artificielles etc. Truquer le thermomètre ne nous dit rien
de l’état de santé d’une personne, et, si elle est malade, ne la guérit pas.
Plus sévèrement les prix sont administrés, plus nous vivons retranchés de la
réalité. Ceux qui abandonnent le régime du libre échange pour celui du contrôle
et du dirigisme perdent cette information; ils en sont réduits aux directives
arbitraires d’un quelconque ministère. Ils n’ont plus de repères objectifs
pour inscrire leur activité parmi celle des autres hommes et en harmonie avec
la nature.
Nous protestons, et avec
raison, lorsqu’un ministre prétend censurer un journal. Le contrôle des prix
est du même ordre, c’est une censure de l’information, et, comme toute censure,
elle mérite d’être dénoncée. Mais le contrôle des prix a d’autres conséquences
plus graves encore que la désinformation : les prix s’établissent parce que
les êtres humains échangent les produits de leur travail et tous les biens
nécessaires à leur vie, et donc contrôler les prix, c’est le moyen, pour les
hommes de l’Etat, de contrôler la vie des citoyens.
La rémunération du travail
constitue-t-elle un cas particulier du juste prix, où le critère du consentement
des parties ne s'appliquerait pas ?
D'aucuns le pensent. Beaucoup de gouvernements ont introduit des
législations interdisant aux gens de prendre un emploi en dessous d'un certain
salaire ou en dehors de certains horaires. Peu importe que l'employeur et le
demandeur d'emploi soient d'accord entre eux sur d'autres conditions, telles
que travailler les jours fériés ou accepter un salaire moins élevé plutôt que
de rester chômeur.
Or, nous l’avons vu, le
prix du travail, comme tous les prix, est une information. L’argent des riches
est un signal. Beaucoup de gens (mais pas tous, loin de là) attendent la prospérité
matérielle de leur activité professionnelle. Ils observent ceux qui ont réussi
dans la voie de la production de richesses, afin de les surpasser. Cette
recherche de leur profit personnel, orientée par les prix élevés qu’ils peuvent
retirer de leur travail, bénéficie à tous les producteurs. A terme, la
concurrence de ces nouveaux venus fait baisser les prix de vente des produits,
augmente leurs performances et leur fiabilité, et permet au plus grand nombre
de consommateurs de se les procurer.
De la même façon, la
prospérité et la pauvreté relatives des groupes sociaux nous enseignent quels
comportements adopter en fonction de nos objectifs. Si c’est la prospérité
économique qui est recherchée, plutôt que d’autres valeurs, comme la vie traditionnelle
au village, l’information que nous retenons est que ce n’est pas le
comportement des africains ou des indiens des Andes qu’il faut suivre, mais
plutôt celui des asiatiques ou de Silicon Valley. La concurrence est un processus
de découverte, qui ne nous éclaire pas seulement sur le choix de notre
consommation, mais sur les conséquences qu’entraîne notre adhésion à telles ou
telles valeurs.
On pense souvent que
quelqu’un devrait être rémunéré du seul fait qu'il travaille, ou a la capacité
de travailler. Or, nous l'avons rappelé lorsque nous avons fait référence à la
pseudo-théorie de la « valeur-travail », le travail en soi ne représente
aucune valeur. Lorsque les êtres humains sont libres, ce n'est jamais le
travail qu'ils rémunèrent, mais la capacité de rendre service. Nous l’avons
vu, ce qui donne sa valeur au travail n’est pas qu’il a été effectué, mais
qu’il aboutit à un produit souhaité par quelqu’un, suffisamment désiré pour que
ce quelqu’un, parmi toutes les possibilités d’utilisation de ses ressources,
les consacre à acquérir ce produit-là.[13]
(On peut certes travailler pour soi-même, mais il faut alors n'attendre que de
soi-même une rémunération).
Parce que la rémunération
du travail est un prix, qui, comme tous les autres prix, est juste s’il est
accepté par les parties, l’employeur ne commet pas d’injustice lorsqu’il paye
le même salaire aux ouvriers de la dernière heure et à ceux qui ont travaillé
pour lui depuis le matin. (Son risque est simplement que, le lendemain, il ne
trouve personne qui se présente pour travailler à la première heure).
Et parce que ce n’est pas
le travailleur qui est rémunéré, mais son travail, la rémunération ne distingue
pas la couleur de la peau, le sexe, la religion, l’appartenance politique...
Le marché, comme le bon juge que nous évoquions plus haut, fait
« acception des personnes ». Ce sont les hommes de l’Etat qui
tiennent compte, au delà des produits, de l’identité raciale et nationale des
producteurs, pour exclure les uns et accorder des privilèges aux autres.
Laissés libres de faire leurs affaires, les allemands du 3ème Reich, les
africains du Sud au temps de l’apartheid, auraient bien été capables de
traiter avec des juifs et des Noirs compétents et entreprenants, et de
s’enrichir avec eux. Ce sont ceux qui auraient refusé ce commerce avec les
représentants d’une autre race, au nom de leurs convictions, qui se seraient
trouvés exclus de cette prospérité. On comprend alors l’acharnement qu’ont
toujours mis les racistes et les nationalistes à combattre l’économie de libre
échange. Elle s’accommode trop mal des frontières que les hommes tracent dans
l’espace et dans leur tête.
Dire que nous ne rémunérons
pas le travailleur signifie que nous jugeons son travail, la qualité de sa
production, et non pas sa personne. Le salaire ne récompense ni le mérite ni
la vertu du salarié. Il existe des plombiers bons maris et bons pères de
famille et désespérément incompétents, mais quand la cuisine est inondée, nous
appelons celui qui trompe sa femme et sait colmater les fuites.
Loin d’être automatiquement
créateur de richesse, le travail est avant tout destructeur, épuisant
l’énergie humaine et les disponibilités de la nature. Cette destruction
trouve sa seule justification lorsqu’il en résulte la production de biens et
de services suffisamment réussis pour que des hommes et des femmes manifestent
par leur paiement volontaire la valeur qu’ils y attachent.
Conclusion
Nous avons donné du juste
prix cette définition, qu’il est celui auquel s’effectue une transaction
volontaire. Par « volonté », il ne faut pas entendre « chimère
», celle d’un monde où tout serait gratuit pour les acheteurs, ou bien très
cher payé aux vendeurs.
Une transaction est
volontaire lorsqu’une des parties n’use pas, ou ne menace pas d’user, sur
l’autre de violence physique. Toute autre définition, qui tenterait de
mesurer, par exemple, « l’influence » qu'une partie exerce sur
l'autre, ou « l’information disponible » à chacune d'elle, ou leur
capacité de jugement, verserait dans l’arbitraire.
Lorsqu’ils ne sont pas
imposés par la puissance publique, dans un but d’ingénierie sociale, les prix
sont une information, et la plus fiable que nous ayons pour nous guider dans
nos relations de production avec autrui et avec la nature. Comme établir un
prix, au travers d’un échange, est le but d’une bonne partie de notre vie (en
tant que producteurs et consommateurs), nous pouvons affirmer que contrôler les
prix, c’est, pour les hommes de l’Etat, contrôler notre vie.
La justice consiste à
rendre à chacun ce qui lui appartient, et nous payons donc le prix convenu
pour un service qui nous est rendu, ou pour compenser un dommage que nous avons
causé. Ce ne serait pas la justice que d’obliger quelqu’un à payer une
marchandise qu’il n’a pas acheté, ou à réparer un tort dont il n’est pas
responsable. Il existe cependant des situations où les gens ne sont pas en
mesure de rendre aucun service qui donnerait lieu à un paiement, à cause du
handicap de l’âge, de la maladie, d’un accident... Certes, une grande partie
des conséquences financières de ces situations peut être remédiée par des
contrats volontaires sous forme d’assurances. Néanmoins, on peut imaginer qu’une
personne se trouve dans le dénuement, sans qu’aucun agent n’en soit la cause
directe, tenu à réparation, et sans que cette victime, par imprévoyance ou
toute autre raison, ne se soit assurée. On voit que ce n’est pas la
justice qui est en cause ici, et que nous devons
faire appel à d’autres valeurs, qui n’ont pas l’objectivité de la justice, mais
qui témoignent de notre engagement personnel envers autrui : l’entraide
volontaire, la charité...
C’est pourquoi, si un vendeur consent des rabais, ou
un acheteur paie des prix plus élevés, dans le but d’aider les plus pauvres, ce
qui est le cas de Max Havelaar, ces prix pratiqués ne sont pas seulement
justes, ils constituent des gestes d’entraide moralement louables. En revanche,
si ces mêmes rabais, ou ces mêmes prix plus élevés, qu’ils profitent
effectivement ou non aux plus pauvres, sont imposés par la puissance publique,
ils ne sont pas conformes à la justice, puisque ceux qui les consentent ne
réparent aucun tort qu’ils auraient personnellement causés à ceux qui en bénéficient,
et ces sacrifices financiers n’ont pas non plus de valeur morale,
puisqu’imposés par la violence.
Genève, 21 janvier
1995
www.liberalia.com cmichel@cmichel.com
[1]
Il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur l’entreprise Max Havelaar, dont
nous ne connaissons rien. La publicité qui a entouré le lancement de sa
marque de produits tropicaux n’est que le prétexte à ces quelques réflexions
sur le problème ancien du « juste prix ». On pourrait citer d’autres
entreprises similaires, Magasins du Monde, Artisans du Monde, la Banque NEF
Nouvelle Economie Fraternelle en France, ou la Banque Alternative en Suisse.
[3] Une bonne démonstration en est donnée par
Friedrich Hayek, Droit, Législation et Liberté, Vol. 2, Le Mirage de
la justice sociale, Chap. 8, Trad. de Raoul Audouin, PUF, 1983.
[4]
Ricardo, comme Marx le fera après lui, a bien dû reconnaître que sa théorie de
la valeur-travail ne pouvait pas s’appliquer à toutes les productions « There
are some commodities, the value of which is determined by their scarcity alone.
No labour can increase the quantity of such
goods, and therefore their value cannot be lowered by an increased supply. Some
rare statues and pictures, scarce books and coins, wines of a peculiar quality
which can be made only from grapes grown on a particular soil, of which there
is a limited quantity, are all of this description. Their value is wholly
independent of the quantity of labour originally necessary to produce them and
varies with the varying wealth and inclination of those who are desirous to
possess them » (David Ricardo, The Principles of Political Economy and
Taxation, 1817, Totowa, N.J., 1977). Ricardo perçoit
correctement que le prix de ces biens particuliers varie selon « la
richesse et le désir » des acheteurs potentiels, sans voir que cela est
vrai de tous les produits.
[5] Marx a formulé plusieurs fois sa théorie de
la « valeur-travail ». L’exposé le plus complet et aussi le plus
abstrus se trouve dans Le Capital, Vol. 1, 2ème partie, Chap.
4. Les réfutations de cette théorie abondent. La
plus directe me paraît être celle de James A. Sadowsky, s.j. : « ..
it relies on a totally false supposition : that by transforming an object we
can increase its value. There is no such thing as value in the object. Objects
are valued by people; what is valued by people is the physical reality. People
do not value values ! The only way to increase another’s valuation of what I
have is by hypnotism ». Private Property and Collective Ownership,
in Blumenfeld et al., Property in a Humane Economy, LaSalle, 1974.
[6]
Cette idée que le travail donne nécessairement de la valeur aux choses va à
l’encontre du bon sens et de l’expérience commune. On a même pu écrire que les
russes seraient plus riches s’ils se contentaient de vendre leurs matières premières
sans les travailler, plutôt que de s’obstiner à prendre du bon cuivre et du
bon pétrole, et à les transformer en fils électriques et en plastiques de
mauvaise qualité et invendables.
[7] Ethique
à Nicomaque Vol. IX, Chap. 2.
[8]
Saint Thomas d’Aquin avait bien remarqué que le travail fourni par un
agriculteur pour produire un quintal de blé est à peu près le même d'année en
année; or à chaque récolte, le prix d'un quintal de blé peut être très
différent. Il a fallu attendre les travaux de l'école autrichienne d'économistes,
à la fin du siècle dernier, pour que soit élaborée une théorie complète,
rendant compte du rapport entre coût, prix et valeur. Cependant le problème
avait reçu une première réponse tout à fait cohérente avec les travaux des
universitaires jésuites de Salamanque, au XVIème siècle (cf. Alejandro Chafuen,
Late-Scholastic Economics, Ignatius Press, San Francisco, 1986). Ils
avaient remarqué que les prix dépendaient à la fois de la valeur que les
gens attachaient à certains biens et du coût de production de ces biens. En
d'autres termes, ils avaient bien compris qu'un échange est la rencontre entre,
d'une part, un désir, et, d'autre part, une créativité et un travail qui ont
façonné les disponibilités de la nature. Les travaux de ces pères jésuites de Salamanque,
comme Francisco de Vitoria, Domingo de Soto, Tomas de Mercado, et, surtout,
Luis Molina, sur la théorie de la monnaie, la propriété privée, la valeur et
les prix, le rôle du commerce et de la banque, sont presque tombés dans
l’oubli. Pourtant, contre la célèbre thèse de Max Weber, Friedrich Hayek a pu
affirmer, après H.M. Robertson, Aspects on the Rise of Economic
Individualism, Cambridge, 1933, que : « L’on pourrait sans
difficulté soutenir que la religion qui a favorisé l’esprit du capitalisme a
été celle des Jésuites, et non celle des Calvinistes ».
[9] Ludwig von Mises, Human Action, Chapter 16, Regnery, 1966. Trad.française
de Raoul Audouin, L’Action Humaine, PUF, 1985.
[10] Ce sentiment immotivé de culpabilité
empoisonne les relations entre pays riches et pauvres. Il a été bien étudié par
Peter T. Bauer, Equality, the Third World and Economic Delusion, London,
1981, (trad. française Raoul Audouin, Mirage églalitaire et tiers monde,
PUF 1984), et Michael Novak, The Spirit of Democratic Capitalism, 1982,
(trad. française Bernard Dick, Une éthique économique, Cerf 1987). Voir
aussi Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc, Seuil, 1983.
[11]
Pour une discussion de la fonction des monopoles, voir Isabel Paterson, The
God in the Machine, Palo Alto, 1943, plus spécialement le chapitre XVI, où
l’auteure relate la naissance de la législation antitrust aux Etats Unis ;
voir également Murray Rothbard, Power & Market, Kansas City, 1977,
p. 59 sq., et Man, Economy and State, Los Angeles, Vol. 2, Chapitre X.
[12]
Friedrich Hayek, Prix Nobel d’Economie, a développé cette théorie des prix
comme information.
[13]
Cette liberté qu’exercent les gens de ne payer que pour le travail qui leur
rend un service n’est pas du goût de ceux qui ont une haute valeur de leurs
capacités, mais ne savent pas les mettre au service d’autrui. Ceux-là préfèrent
être du côté du pouvoir. Là, on n’a pas besoin d’être utile pour être payé, il
suffit d’exercer une fonction de « service public », c’est à dire de
rendre un service que le public est contraint de payer, car il risquerait de
ne pas le choisir s’il en avait le droit.