François Guillaumat
Un impuissant, ou un âne qui recule
Incapacité intellectuelle et mauvaise foi du démocrate-social
Des hommes sans valeurs sont des zombies,
ou des marionnettes, — ou encore des nazis
Leonard Peikoff
La dernière fois j’avais présenté une contradiction pratique comme exemple de faute de logique : dire une chose qui est implicitement contredite par cet acte même de parler. Cette fois-ci, je voudrais employer ce moyen de preuve contre l’engeance redoutable des démocrates-sociaux qui se prennent pour des libéraux. Il va nous permettre d’établir que non seulement leur subjectivisme, leur relativisme moral sont tout aussi absurdes que tout autre énoncé socialiste, mais qu’eux-mêmes les contredisent chaque fois qu’ils prétendent les justifier. En somme, qu’un démocrate-social n’est pas un rationaliste mais au contraire quelqu’un qui ne sait pas ou ne veut pas penser — et bien sûr, aussi longtemps qu’il restera ainsi, il sera au-dessous de l’humain.
La contradiction pratique comme moyen de preuve de la philosophie morale
Je rappelle donc que toute action implique certaines affirmations tacites, et que parler est une manière d’agir. Donc si on dit quelque chose que cet acte contredit implicitement, la réfutation est immédiate : et c’est un irremplaçable instrument pour le raisonnement logique.
Nous avons vu en outre que certaines de ces contradictions pratiques sont automatiques : par exemple, on ne peut pas nier qu’on est propriétaire de soi-même sans agir comme si, justement, on l’était. Il y a donc des choses qu’on est obligé de tenir pour vraies pour ce ce qu’on dit ait un sens : ce qu’on appelle des présupposés logiques de l’argumentation, qui sont impliqués par tout discours rationnel parce qu’on ne peut pas argumenter sans que l’acte d’argumenter les suppose effectivement vraies.
Il serait absurde qu’un savant s’interdise de raisonner sur les valeurs
Nous allons nous en servir pour tordre le cou à un vilain canard, celui de la prétendue "neutralité" face aux valeurs que Max Weber exigeait du savant — et voir au passage quelles conséquences inattendues en découlent pour le prétendu "rationalisme" des socialistes.
Le sociologue allemand Max Weber, démocrate-social qui se prenait pour un libéral, prétendait que seuls les énoncés de fait ("ceci est vrai, ceci est faux") relevaient de la science, alors que les normes ou jugements de valeur ("ceci est bien, ceci est mal") ne pouvaient pas être établis par la connaissance rationnelle et traduisaient donc la seule subjectivité.
Or, que le savant interdise à ses préférences de lui dicter ses conclusions, ou distingue les simples faits des jugements de valeur pour adapter sa méthode à l’objet de son étude, cela n’implique-t-il pas déjà un choix moral déterminé, celui de servir la vérité ?
En outre, les jugements de valeur ne sont que des propositions de fait d’un type particulier : on peut toujours traduire l’énoncé "ceci est bien, ceci est mal" par "il est vrai que ceci est bien, ou mal". La question ne peut donc pas être si les jugements de valeur peuvent être vrais ou faux ; ils doivent l’être, ne serait-ce que parce l’action en implique, qui est toujours plus ou moins adaptée au réel. On peut donc au moins les soumettre à un critère de cohérence, qui permettra d’être assuré que certains sont faux.
Application immédiate : en prônant une norme tout en recommandant la neutralité en la matière, Weber commettait à l’évidence une contradiction pratique : si le discours sur les valeurs ne peut pas être rationnel, que vaut l’aune de sa prescription ?
On peut même aller plus loin et, en inversant le raisonnement, montrer que la "neutralité face aux valeurs" rendrait vaine toute connaissance factuelle. Car si les jugements de valeur ne peuvent vraiment pas être rationnels, alors qu'importe que les faits eux-mêmes, supposés par celui qui agit soient vrais ou faux, ou même qu'il soit honnête ou malhonnête ? Cette irrationalité disqualifiera intellectuellement tout leur contenu, quelles que soient les bribes de raisonnement valide employées à l’occasion. En d’autres termes, si les jugements de valeur ne peuvent pas être rationnels, la science ne sert à rien.
Cette contradiction achevée devient visible par tous, lorsque les adeptes de la "neutralité" exigent du savant, conformément à son état mais contrairement à cette "neutralité" même, qu’il prenne les moyens de dire la vérité et notamment qu'il soit honnête et respecte les règles de la logique.
Les présupposés reconnus de la démarche scientifique
Je vais donc rappeler les règles morales logiquement impliquées par toute science : la recherche de la vérité n’est pas seulement directement déduite de sa définition comme connaissance correcte, c’est aussi une norme humaine axiomatique : car quiconque (et pas seulement un savant) affirme quelque chose, prétend implicitement avoir pris les moyens de dire la vérité. S’il ne le fait pas, que ce soit d’ignorance qu’il est coupable ou de mensonge, c’est un nouvel exemple de contradiction pratique, qui le disqualifie.
Cette disqualification est d’ailleurs la solution du fameux paradoxe du menteur, auquel j’ai récemment découvert pourquoi les logiciens persistent depuis l’antiquité à associer une certaine nationalité. Ils reconnaissent donc bien la contradiction pratique quand il s’agit de troubler les esprits : que ne s’en servent-ils pour les éclairer !
L’obligation de cohérence logique, s’interdire toute contradiction, est elle aussi une règle morale axiomatique. En effet, personne ne pourrait tenter de réfuter la logique sans l’employer, c’est-à-dire sans la supposer vraie. Or, si on est obligé de se servir d’une proposition au cours de toute tentative pour la réfuter, cela fait un axiome de cette proposition (nous avons déjà vu cela chez Rothbard). Ce n’en est pas moins le principe auquel les gens refusent le plus de se soumettre en matière politique.
Les conséquences inattendues de l’éthique scientifique
Jusqu’à présent, nous étions encore en terrain connu. Mais voilà : il se trouve que ces présupposés mêmes de l’argumentation rationnelle incluent aussi une théorie politique déterminée, une définition rationnelle et irréfutable de la justice.
En effet, toute preuve passe par une argumentation : le gros bâton, qu’emploient aujourd’hui les hommes de l’Etat socialo-communiste pour imposer — directement et indirectement — une vérité officielle, est depuis les Grecs identifié pour ce qu’il vaut.
Or, quiconque participe à une argumentation rationnelle, s’abstient d’agresser et de menacer quiconque : il reconnaît donc implicitement une norme politique, celle de la non-agression : ce principe est celui que nous avons vu la dernière fois en faisant remarquer que quiconque argumente traite son propre corps et celui d’autrui comme si chacun en était propriétaire. Ce principe est le même que celui de la propriété naturelle et s’énonce ainsi (c’est un rappel) : "on a le droit de faire ce qu’on veut de ce qu’on n’a pas volé, c’est-à-dire pris à un autre contre son gré".
Il est donc impossible d’argumenter rationnellement sans reconnaître ce principe de propriété naturelle. Mais alors nous sommes bel et bien dans un cas que nous connaissons déjà (et que nous venons de revoir) : celui qui définit un axiome. Et cet axiome, associé à celui de la cohérence logique, établit qu’on ne pourra jamais justifier aucune définition de la justice qui le contredise.
Par conséquent Max Weber avait bien plus tort qu’on ne le croyait au départ : la science ne peut se passer de valeurs non seulement pour exister, mais en outre pour avoir un sens. Et parmi ces normes mêmes figure un parti pris politique unique et absolu, la définition traditionnelle de la justice comme principe de non-agression.
Les implications rarement admises du principe de non-agression
C’est là que nous allons voir à quel point les socialistes sont gênés par la logique. Car la propriété naturelle est un principe, universellement applicable et exclusif de tout autre : dès qu’on l’a une fois reconnu, on ne peut plus jamais le méconnaître sans contradiction. Or aucun des projets socialistes, pas plus la "justice sociale" des socialistes que leurs prétendus "droits sociaux", ne prévoit autre chose que de la bafouer. Bien sûr, les socialistes continuent et continueront à défendre ces normes d’agression ; mais cela ne change rien à leur absurdité. Toute argumentation en faveur du socialisme est nécessairement absurde, et le comprendre est à la portée de tout homme honnête et sensé.
Mise en Ïuvre concrète du refus de la logique chez le socialiste
Quand il participe à une discussion, l’homme de l’Etat socialiste fait mine de vous traiter en civilisé ; il ne vous frappe pas, il ne vous menace pas ; en somme, il se conforme au principe de non-agression. En revanche, une fois parti, il ne se gênera pas, avec ses complices, pour vous menacer de violence afin de vous voler. Or, il ne pouvait ignorer qu’ils vous traiteraient en esclave : c’est ce qu’implique son statut d’homme de l’état socialiste. En somme, l’homme de l’état socialiste est un criminel hypocrite, du genre :
"cause toujours, mon lapin, mais c’est moi et mes copains qui avons le revolver, et on saura bien s’en servir contre toi au moment voulu" (mais avec des airs supérieurs que ne prend pas toujours le truand ordinaire).
Ou alors, l’homme de l’état socialiste est un criminel incohérent, que frappe un dédoublement de la personnalité : normal dans les rapports avec ses proches, criminel en tant qu’homme de l’état.
Cependant, cette incohérence ne peut demeurer que là où elle n’est pas trop fortement perçue, ne serait-ce que parce que l’injustice ne supporte pas la vérité — que venons-nous de prouver d’autre ? Donc, plus les hommes de l’Etat démocrate-social volent et assassinent — et Dieu sait qu’ils le font toujours davantage — et moins ils peuvent tolérer ceux qui, au nom de la justice traditionnelle, objective et cohérente, les dénoncent comme autant de voleurs et d’assassins.
D’où la violence politique qui se développe, au mépris des règles théoriques de la démocratie sociale même, contre les prétendus "extrémistes", c’est-à-dire des opposants les moins incohérents — le Front National — ou les mieux inspirés : les sauveteurs.
Ainsi nos démocrates sociaux affichent-ils de plus en plus les mœurs des léninistes, et à mesure que progresse le cannibalisme moral socialiste, se développent de plus en plus la malhonnêteté intellectuelle, avec ses manipulations vicieuses, ses faux concepts, faux évêques, faux démocrates, faux antiracistes, etc., etc.
L’impuissance tragique du subjectiviste modéré face à la violence socialiste
Le seul moyen d’empêcher que la démocratie sociale ne débouche sur le totalitarisme est donc de lui opposer le principe irréfutable de la justice comme non-agression. Car l’exemple même de Max Weber dans la république de Weimar, suffit à montrer ce que vaut sa fameuse modération face à des subjectivismes plus dynamiques que le sien.
En 1919, des étudiants de Munich, choqués par la violence dans le pays, avaient invité Max Weber. Ils voulaient que ce grand savant, leur dise quel système politique soutenir, comment juger des valeurs, quel rôle joue la science dans leur recherche. Weber répondit qu’il n’y avait pas de solution. La certitude était inaccessible, la connaissance provisoire, les valeurs relatives, et la science n’avait rien à dire de la politique et de la morale.
Les faux "libéraux" (et vrais démocrates-sociaux) à la Weber, confondant la conviction absolue avec le fanatisme, croient que la condition préalable de la liberté est le scepticisme. Donc d’après eux, pour contenir la violence organisée et inspirer le respect de la raison, il faut dire aux bandes que la raison est impuissante et qu’on doit se laisser guider par ses sentiments ; pour combattre la dérive vers l’état omnipotent, on doit en accepter le principe, mais à condition de ne se conformer à aucun principe, car ce serait de l’"extrémisme".
En somme, face à la violence socialiste montante, Weber n’avait à opposer que l’absurdité obstinée de son refus de penser les valeurs. La conséquence, on la connaît : l’arrivée au pouvoir du socialisme hitlérien, dont chacun sait qu’il fut beaucoup plus criminel encore que la démocratie sociale, avec tous ses irrationalistes à la Weber, qui lui avaient préparé le terrain et ouvert la voie.
Peut-on dire que cette leçon-là au moins ait été comprise ? Eh bien, pas du tout : Hannah Arendt jugeait après la guerre que si Hitler avait commis tous ces crimes, ce n’était pas parce qu’il était socialiste mais — tenez-vous bien — parce qu’il prenait la logique trop au sérieux
On peut laisser à Leonard Peikoff, qui rend compte de cette interprétation, le soin de la commenter :
"Hannah Arendt restait aveugle à la conclusion que son propre livre rendait pourtant quasi-inéluctable : que l’essence des théories hitlériennes n’était pas la logique mais la déraison ; et que la logique n’est pas un instrument de la tyrannie mais l’arme qui permet de la combattre. se pencher sur l’agonie d’un continent de victimes pour se retrouver à proposer, en guise d’explication, l’équivalent intellectuel d’un remède de bazar, et pire : recommander, pour tout antidote, un principe essentiel des assassins[, c]’est une faute et un avertissement. La bataille contre le socialisme national n’est pas encore gagnée."
Tous ces démocrates sociaux et autres subjectivistes qui se prennent pour des libéraux illustrent tragiquement la définition de Léon Daudet, pour qui "le libéral est celui qui pense que son adversaire a raison". Mais cette critique était mal dirigée : c’est de la démocratie sociale que ce subjectivisme, ce relativisme sont les tares, car elle est le dernier avatar de l’irrationalité socialiste. Aux gens normaux de le comprendre et de se rassembler autour du mot d’ordre : la démocratie sociale, voilà l’ennemi !