Gérard Bramoullé

 

 

 

APRIORISME ET FAILLIBILISME :

EN DÉFENSE DE ROTHBARD CONTRE POPPER

 

 

   

 

Suivant la tradition de l'école autrichienne, Murray Rothbard consacrait une part importante de ses travaux d'économiste à des réflexions méthodologiques et épistémologiques. Non content d'être déjà dans un courant de pensée hétérodoxe, il y défendait de surcroît un "apriorisme extrême" prôné par L. von Mises[1], alors même que beaucoup, y compris parmi les Autrichiens, considèrent cette position précisant les conditions d'accès à la connaissance comme la partie la plus discutable de la praxéologie misesienne.  Pourtant, le goût de la provocation ne suffit pas à expliquer le choix de Rothbard en faveur de l'apriorisme ; de solides arguments militent en économie pour l'adoption de cette approche qui ne mérite sans doute pas les excès d'indignité qu'elle a pu connaître.

 

 

      1. Apriorisme et Praxéologie

 

Comme le faillibilisme (ou le falsificationnisme) poppérien, l'apriorisme est d'abord une tentative de réponse au "problème de Hume", c'est-à-dire au constat - selon la forte formule de K. Popper - qu'"il n'y a pas d'induction"[2], car les théories universelles ne sont pas déductibles d'énoncés singuliers. C'est en effet contre la démarche inductive que s'est fondée et développée l'école de Vienne. Dans la célèbre Querelle de méthodes (Methodenstreit), C. Menger défendait une analyse économique conçue en termes de lois exactes, universelles et nécessaires face aux thèses de G. Schmoller et de l'école historique allemande limitant l'analyse des descriptions historiques et des interprétations situées. Pour le fondateur de l'école autrichienne, les lois empiriques tirées de généralisations d'observations historiques concrètes ne peuvent fonder la théorie économique car elles ne sont pas universelles : elles ne peuvent prétendre être sans exceptions. Les lois économiques doivent donc être obtenues par des moyens non-inductifs, à partir d'une réflexion conceptuelle, d'un essentialisme très aristotélicien[3]. L'argumentation sera reprise et développée par L. von Mises, pour lequel : "il n'y a pas moyen d'établir une théorie a posteriori de la conduite humaine et des faits sociaux. L'histoire ne peut ni prouver ni réfuter quelque affirmation générale que ce soit..."[4] Pour dépasser cette impossibilité de l'empirisme et de ses variantes historicistes et positivistes, Mises propose une théorie générale de l'action humaine (praxéologie), dont le caractère a priori est souligné avec force : "Ses affirmations et ses propositions ne sont pas déduites de l'expérience. Elles sont, comme celles des mathématiques et de la logique, a priori. Elles ne sont pas susceptibles d'être vérifiées ou confrontées sur la base d'expériences ou de faits. Elles sont à la fois logiquement et chronologiquement antécédentes à toute compréhension de faits historiques."[5]

 

Conçue dès 1933, en même temps que la "Logik der Forschung" de Popper (publié à Vienne à l'automne 1934), la praxéologie fait de la théorie économique un édifice déductif fondé sur un axiome "certain" à partir duquel sont obtenues, par les règles de la logique, des conclusions toujours vraies. L'axiome est celui de l'"action humaine", définie comme un comportement intentionnel. Tout individu agit - intentionnellement - du seul fait qu'il est un être humain. Seuls les individus sont concernés (individualisme méthodologique) et l'action est toujours "rationnelle" dans le sens où elle consiste à utiliser des moyens, éventuellement inappropriés, pour atteindre des fins prises comme des données (subjectivisme). Cette démarche s'applique aussi bien à l'analyse de l'action d'un individu isolé, l'économie de Robinson Crusoé, qu'à l'étude des interactions individuelles, la catallaxie. Elle recouvre en fait deux types d'apriorisme.

 

D'une part un apriorisme méthodologique pour lequel ni l'axiome de l'action ni les conclusions qui s'en déduisent logiquement n'ont besoin d'être empiriquement testés. Position qui en économie a connu son apogée dans les années trente, et a été adoptée par des auteurs aussi éminents que L. Robbins ou F. Knight.[6] Elle est en général la conséquence d'une conception aristotélicienne de la démarche scientifique dont l'objet est de décrire (plutôt que prédire) les lois qualitatives (plutôt que quantitatives) gouvernant les relations entre catégories ou essences. Cette méthodologie aristotélicienne connaît actuellement un regain en sciences humaines, non seulement en économie avec le "retour" des autrichiens, mais encore dans la plupart des domaines de la "révolution cognitive".[7]

 

En amont de l'apriorisme méthodologique, la praxéologie s'appuie d'autre part sur un apriorisme épistémologique qui consiste à fonder la "certitude" de l'axiome de l'action. Ainsi, pour Mises, cet axiome est "apodictiquement" certain,[8] c'est-à-dire qu'il s'agit d'une évidence de l'esprit, indépendante, a priori, par rapport à l'expérience humaine. Ce fondement kantien de la certitude de l'axiome n'est pas le seul possible, mais il est sans doute le plus aprioriste, et justifie que la position de Mises soit qualifiée d'"apriorisme extrême". Murray Rothbard défend aussi la certitude de l'axiome de l'action rationnelle, mais  son apriorisme épistémologique n'a pas le même fondement kantien que celui de Mises. Son réalisme philosophique l'empêche d'accepter que des "assertions synthétiques a priori" puissent servir à comprendre la réalité. Pour lui, cet axiome n'est pas une loi de l'esprit, mais une loi de la réalité fondée "sur l'expérience intérieure universelle de la réflexion aussi bien que sur la perception extérieure des objets".[9] Cette conception aristotelico-thomiste reste a priori car "antérieure aux événements historiques complexes" auxquels se réfèrent l'empirisme. Le même réalisme philosophique explique pourquoi la conception de la rationalité de Rothbard est quelque peu différente de celle de Mises. Ils considèrent l'un et l'autre que la rationalité de l'action n'implique pas des actes adéquats ou appropriés à la situation, comme c'est le cas dans la conception néoclassique de la rationalité ; Rothbard exige cependant que l'action s'accorde à une vision du monde fondée en raison, sans pour cela qu'elle soit appropriée, ce que n'exige pas Mises.[10]

 

Ces nuances entre Mises et Rothbard illustrent les deux grands courants de l'apriorisme épistémologique que l'on peut qualifier d'apriorisme kantien et d'apriorisme aristotélicien. Dans les deux cas, la connaissance est supposée acquise par des moyens non inductifs, mais elle ne provient pas des mêmes processus cognitifs.

 

Dans l'apriorisme kantien, la connaissance reflète la structure logique de l'esprit humain lequel "plaque" sur le monde les catégories qu'il crée. La connaissance ne provient pas de la réalité elle-même, mais de l'esprit du sujet connaissant qui impose ses structures au monde. Pour l'apriorisme aristotélicien, la connaissance reflète la structure du monde qui est, en elle-même, intelligible. La connaissance résulte du fait que l'esprit humain peut saisir la nature ou l'essence des choses, ces catégories a priori de la réalité, comme si sujet connaissant et objets de connaissance étaient, selon l'expression de B. Smith, "pré-accordés".[11] Si ces deux types d'apriorisme épistémologique se retrouvent dans l'école autrichienne, il faut reconnaître que l'apriorisme aristotélicien de Rothbard s'y rencontre plus fréquemment : chez C. Menger, pour lequel la tâche du théoricien consiste à découvrir les catégories a priori de la réalité et les lois qui gouvernent leurs relations ; chez E. von Böhm-Bawerk pour lequel causalité et finalité se confondent ; mais aussi chez Hayek qui retient une conception aristotélicienne de l'action rationnelle.[12] Il est vrai que cette position permet d'échapper aux critiques classiques que suscite la théorie des "assertions synthétiques a priori" comme aux doutes que suscitent la philosophie idéaliste allemande et dont un exemple récent est offert par Gerard Radnitzky dans sa contribution "sur l'apriorisme dans l'économie autrichienne" répondant aux arguments misesiens d'Hans-Herman Hoppe.[13]

 

Cela dit, ces différences sur les fondements de la certitude de l'action n'empêchent pas Rothbard d'être, comme Mises, un aprioriste, tant épistémologique que méthodologique, ainsi qu'un ardent défenseur de la praxéologie. Pourtant, dès avant la parution de la version anglaise de l'"Action Humaine",[14] cette démarche praxéologique était contestée et pas seulement par des positivistes. Qu'un T. Hutchinson ou qu'un M. Friedman la rejettent n'est pas surprenant puisqu'ils affichent explicitement leur empirisme.[15] Mais, même chez les anti-inductivistes, la praxéologie n'a pas toujours été acceptée. Hayek par exemple la limite à la "pure logique des choix", et la trouve insuffisante pour expliquer la catallaxie et les phénomènes sociaux.[16] Dès 1952, il renvoyait déjà à son article "Economics and Knowledge"[17] pour comprendre pourquoi l'analyse de Mises était inadaptée dans ce cas. L'argument hayekien est que pour appréhender les phénomènes de marché, il faut adjoindre à la praxéologie des hypothèses auxiliaires sur les rapports de cause à effet ("causation") dans le monde réel. Ainsi, pour mettre en évidence la tendance à l'équilibre des marchés concurrentiels, il faut faire des hypothèses sur la dissémination de la connaissance, sur son usage et son apprentissage par les individus. Or, de telles hypothèses ne sont pas a priori mais, signale Hayek, sujettes à falsification[18]. L'intérêt de cet argument pour notre propos réside moins dans la limitation de la praxéologie qu'il suppose, et qui peut être dépassée (en prenant en compte par exemple les travaux de Kirzner[19] ou de Selgin[20]) que dans la référence à la notion poppérienne de falsification.

 

En effet, cette référence illustre la tension existante chez Hayek, comme chez d'autres anti-inductivistes, entre l'apriorisme et le falsificationnisme. (Tension qui est le reflet épistémologique d'une autre tension soulignée par Victor Vanberg entre le libéralisme rationnel et l'agnosticisme évolutionniste de cet auteur[21]). Au delà des réels liens d'amitié qui unissaient Hayek et Popper,[22] le syncrétisme hayékien peut s'expliquer par le fait que ces deux "paradigmes" sont liés par leur refus commun de l'inductivisme. Il est toutefois peu cohérent d'adhérer aux deux simultanément, tant les processus cognitifs qui les sous-tendent s'opposent. Popper a d'ailleurs toujours rejeté l'essentialisme[23] et l'apriorisme[24], de même que Rothbard et les misesiens refusent le faillibilisme allant jusqu'à le considérer comme une variante révisionniste du positivisme.[25]

 

En fait, il y a bien compétition entre l'apriorisme et le faillibilisme pour le titre de substitut méthodologique à l'inductivisme, et dans cette compétition le second semble avoir acquis un avantage déterminant dans l'ensemble des sciences.[26] Pourtant, si la position dominante du faillibilisme peut se concevoir en sciences physiques et naturelles, elle apparaît moins justifiée en ce qui concerne les sciences humaines et en particulier la science économique.

 

 

      2. Faillibilisme et sciences humaines

 

Popper lui-même, dans son article sur le principe de rationalité[27] consacré explicitement au "problème de l'explication dans les sciences sociales", souligne que si ces explications "sont très semblables à certaines explications des sciences physiques ... elles créent ainsi des problèmes que l'on ne rencontre pas dans les sciences naturelles"[28]. En admettant la logique de la falsification (ou réfutation), il s'agit de reconnaître que cette logique n'est pas aisément applicable en sciences sociales, pour au moins trois séries de raisons.

 

La première est que les théories ou modèles (économiques) ont un caractère rudimentaire par rapport à la complexité du réel, qui leur confère un faible degré de testabilité. Les résultats des tests sont difficiles à interpréter et lorsqu'ils sont négatifs on ne sait si c'est le caractère nécessairement approximatif du modèle qui est en cause ou le modèle lui-même. La quasi-totalité des théories économiques s'énoncent sous la clause ceteris paribus, c'est-à-dire sous la forme x entraîne y, si d'autres facteurs sont maintenus constants. Une hypothèse de ce type correspond rarement au monde réel, dans lequel les "autres facteurs" ne sont en général pas constants. Pour qu'elle soit falsifiable il faut donc pouvoir être sûr de contrôler ces "autre facteurs", comme il faut être sûr que l'analyse qui permet de les déterminer soit aussi falsifiable,[29] tâche quasiment impossible. Dès lors, en cas de test négatif d'une hypothèse de ce type, on ne sait pas si c'est la relation entre x et y ou bien la clause ceteris paribus qui est réfutée. De plus, en supposant cette difficulté résolue, la clause ceteris paribus étant par exemple corroborée, encore faut-il pour tester l'hypothèse que les concepts x et y puissent être mesurés sans ambiguïté. Lorsqu'il s'agit de concepts économiques tels que le chômage, la monnaie ou le profit, pour ne citer qu'eux, le moins que l'on puisse dire est que les ambiguïtés existent.

 

La deuxième série de raisons qui rend difficilement applicable la logique falsificationniste aux sciences sociales est la thèse dite de "Duhem-Quine".[30] Ces auteurs ont souligné que lorsqu'une observation contredisait effectivement une théorie, il était difficile de déterminer la partie de la théorie responsable de l'échec du test. C'est pour cela qu'en économie, même Popper admet par exemple que le principe de rationalité (ou l'axiome de l'action pour Rothbard) n'est pas réfutable. D'une part le test négatif d'une théorie fondée sur ce principe peut toujours être imputé à d'autres caractéristiques de cette théorie. D'autre part nombre de théories concurrentes pour expliquer un phénomène ont en commun le principe de rationalité, de telle sorte que le déclassement de l'une n'entraîne pas la réfutation du principe.

 

Une troisième série de raisons est enfin que la falsification d'une théorie n'est pas toujours un bon critère pour l'abandonner. A partir de combien de tests négatifs convient-il de l'écarter ? Quelle est l'expérience cruciale ? Les réponses à ces questions sont tellement incertaines, que même un poppérien convaincu comme Radnitzky a du compléter l'approche du maître par l'hypothèse intéressante que les théories tendent à être abandonnées lorsque leur défense s'accompagne de coûts prohibitifs.[31] Et il semble bien qu'en sciences sociales, du fait des difficultés d'expérimentations, ces coûts de défense sont relativement faibles, ce qui pourrait expliquer la durée de vie de certaines théories.

 

Le faillibilisme de Popper ne s'applique donc pas aussi facilement aux sciences "molles" qu'aux sciences "dures", mais là n'est pas le plus important. Les trois séries de raisons qui viennent d'être invoquées ne portent pas atteinte à la logique même de la falsification, et ne concernent que son applicabilité. Or, il existe de solides arguments qui réfutent le faillibilisme sur des points essentiels, notamment pour l'économiste.

 

Ainsi, en utilisant les réflexions de Simmel sur le rôle de l'implicite dans les raisonnements, Raymond Boudon montre que la théorie de la falsification n'est valide que sous certaines conditions.[32] Les théories scientifiques n'étant pas vérifiables, le faillibilisme nous dit qu'elles ne peuvent être que falsifiables. "Cela implique qu'une théorie doit avoir obligatoirement l'un ou l'autre des deux caractères".[33] Cette alternative implicite ferme le champ des possibles et écarte abusivement du domaine scientifique les théories qui ne sont ni vérifiables ni falsifiables. Comme le rappelle Boudon, "Ce genre inclut deux espèces". D'une part les théories qui, comme le darwinisme consistent moins en des affirmations sur le réel qu'en des propositions sur la façon d'appréhender le réel. Le darwinisme qui a posé tant de difficultés à Popper[34] n'est donc pas une singularité, mais une illustration de ces paradigmes normatifs indispensables au fonctionnement de la pensée scientifique. D'autre part les théories de forme "sous certaines conditions, alors T", parmi lesquelles on reconnaîtra la plupart des théories économiques retenant la clause ceteris paribus déjà évoquée.

 

A ces critiques qui affectent le degré de généralité du falsificationisme et que l'on peut qualifier d'externes puisqu'elles remettent en cause son critère de scientificité, s'ajoutent des critiques internes montrant qu'il lui est logiquement difficile d'échapper à des fondements aprioristes.

 

Ainsi, poser que seules les hypothèses falsifiables sont scientifiquement significatives soulève le problème suivant : si la signification scientifique d'une hypothèse (ou proposition) est identifiée à sa testabilité, on peut se demander ce qui est alors testé. Si c'est sa signification scientifique, cela signifie que celle-ci existe indépendamment du test et donc que le critère falsificationniste est transgressé puisqu'une proposition peut être scientifiquement significative avant référence à un test.[35] Popper conteste cet argument en considérant que la falsifiabilité n'est pas un critère de signification mais un critère de démarcation.[36] Il reconnaît donc qu'il peut exister des propositions pourvues de sens (en général) et non falsifiables, mais il ne s'agit pat pour lui de propositions ayant une signification scientifique, ce que vise l'argument présenté. On peut s'interroger sur la différence entre le sens en général (common sense) et le sens scientifique sur laquelle s'appuie Popper et constater que sa réponse est d'autant moins pertinente que cette différence est peu sensible (comme le pensent les aristotéliciens).

 

Une autre critique interne développée par M. Rizzo[37] concerne le contenu empirique des concepts théoriques. Nous avons vu qu'une théorie qui se présente sous la forme "x entraîne y" peut avoir des difficultés à mesurer x et y. Au-delà des difficultés pratiques, se pose un problème logique : pour passer du concept théorique à sa contrepartie empirique, il faut disposer d'une "proposition référentielle", énonçant par exemple que le concept de monnaie se ramène à M1. Dans la logique falsificationniste, une telle proposition doit aussi être falsifiable. Mais il est impossible de tester une position référentielle, ... sauf à connaître le critère de concrétisation du concept théorique, lequel, s'il est connu, rend le test inutile. La seule façon de briser ce paradoxe est d'admettre le caractère a priori des propositions référentielles, ce à quoi se refuse un faillibiliste.

 

Les paradoxes auxquels conduisent la théorie de la falsification sont sans doute ce qui heurte le plus le théoricien qui voit remis en cause son système habituel de logique. Ces paradoxes surgissent lorsque l'on cherche à appliquer cette théorie dans un contexte logique qui n'est pas le sien.

 

Comme l'a bien vu Raymond Boudon[38], Popper suppose implicitement que "toute théorie scientifique se trouve en concurrence avec un ensemble ouvert d'autres théories", mais il est possible et fréquent que le débat ne porte que sur une alternative dont les deux branches sont exclusives l'une de l'autre, et dans ce cas le critère de falsifiabilité n'est plus pertinent. Soit en effet deux propositions de ce type, si l'une est falsifiable l'autre ne l'est pas, d'où la conclusion paradoxale que la négation d'une proposition falsifiable n'est pas scientifique[39]. Plus généralement, lorsque le débat concerne deux théories exclusives, et deux seulement, le faillibilisme rejoint le justificationnisme car les deux opérations de falsification et de vérification sont alors symétriques. Dans ce cas souligne Raymond Boudon, "démontrer la fausseté de l'une des théories ... c'est ipso facto démontrer la vérité de l'autre. Il n'y a alors plus de trace d'asymétrie entre falsifiabilité et vérifiabilité et, partant, plus de théorie de la falsification qui tienne."[40]

 

De même, dans un contexte de certitude, Leonard Peikoff a démontré les incohérences du critère de falsifiabilité. Avec un tel critère, "si la négation d'une proposition est inconcevable, s'il n'existe aucune possibilité qu'aucun fait de la réalité ne la contredise jamais, c'est-à-dire si la proposition représente une connaissance qui est certaine, alors il ne s'agit pas d'une information sur le réel. En d'autres termes, si une proposition ne peut pas être fausse, elle ne peut pas être vraie."[41] La certitude qui caractérise par exemple, l'axiome de l'action de la praxéologie, ne fait évidemment pas partie de "l'environnement logique" - selon l'expression de Boudon - des faillibilistes. Elle ne peut, et ne doit en faire partie, pour la simple raison que, dans leur logique même, l'existence d'une proposition certaine constitue un contre-exemple réfutant leur théorie de l'impossible justification de la vérité des propositions. Parce qu'il refuse l'apriorisme, le faillibilisme se doit d'être falsifiable, mais comme une certitude le réfute, son attitude consiste à éliminer cette notion de l'épistémologie. Cette élimination est proposée avec beaucoup de vigueur, au moins dans le style, sans pour autant être convaincante.

 

Ainsi, pour Gerard Radnitzky, admettre qu'un énoncé certain est vrai revient à prendre une conviction pour une marque de vérité, ce qu'il considère comme une "impermissible naïveté" et une "position ridicule"[42]. S'il peut certes exister des certitudes fondées sur des convictions psychologiques et épistémologiquement non significatives, comme les "certitudes ordinaires" de Wittgenstein, il en existe d'autres, fondées en logique, tels que l'axiome de l'action ou principe de rationalité.[43] On ne peut en effet nier que "l'homme agit" au sens de Mises ou de Rothbard sans entrer soi-même en contradiction, puisque cette négation est en elle-même une action : elle utilise des moyens (les arguments) pour atteindre une fin (la conclusion), et constitue bien un comportement intentionnel. (Ne pas agir, intentionnellement, relève aussi du principe de rationalité, au même titre qu'une ignorance peut être rationnelle.) En outre, le caractère certain de l'axiome de l'action n'est pas tautologique au sens où il ne dépendrait que d'une définition arbitraire de l'homme ou de l'action, tout au moins dans la version aristotélicienne de Rothbard qui en fait une loi de la réalité. Malgré ces arguments logiques, et non psychologiques, Popper maintient fermement sa position et n'hésite pas à écrire: "Je refuse d'accepter l'idée selon laquelle il y aurait des énoncés scientifiques que nous devons accepter comme vrais, avec résignation, simplement parce qu'il ne semble pas possible, pour des raisons logiques, de les soumettre à des tests."[44] Une attitude qui, si elle ne relève pas de la stricte conviction, confirme le caractère a priori de toute argumentation, car on ne peut argumenter qu'il n'est pas possible d'argumenter, et partant, la nécessité d'un ancrage axiomatique de l'épistémologie. Dès lors, considérer, comme le fait Radnitzky, que de tels a priori sont soit tautologiques soit dénués de sens est simplement autodestructeur, car cette position étant elle-même a priori et non tautologique, elle se condamne à être dénuée de sens.

 

Que la tentative d'élimination de la notion de certitude d'une théorie scientifique de la connaissance soit discutable peut encore être mis en évidence en termes conséquentialistes, par l'analyse des circonvolutions argumentaires auxquelles elle contraint Popper. Deux exemples peuvent être retenus : celui du statut qu'il accorde au principe de rationalité et celui de son traitement de la notion de vérité.

 

Dans l'article cité, consacré au principe de rationalité, qui est sans doute l'un de ses textes les plus faibles[45], Popper reconnaît à juste titre que cet équivalent de l'axiome de l'action n'est pas empiriquement réfutable, mais lui dénie le fait d'être certain, c'est-à-dire a priori valide. Il en est ainsi parce que ce principe lui semble "certainement faux"[46] pour les raisons suivantes:

 

     "[ ] je pense qu'on peut voir très facilement pourquoi. Il suffit d'observer un automobiliste énervé, qui essaie désespérément de stationner lorsqu'il n'y a aucun emplacement libre, si nous voulons nous assurer que nous n'agissons pas constamment avec le principe de rationalité. En outre, il existe des différences personnelles, visiblement importantes, non seulement dans les connaissances et les aptitudes - celles-ci font partie de la situation - mais dans l'évaluation et la compréhension d'une situation donnée; et ceci signifie que certaines personnes vont agir de façon adaptée et d'autres non. Mais un principe qui n'est pas universellement vrai est faux. Par conséquent, le principe de rationalité est faux."

 

Il ne faut pas être grand clerc en économie autrichienne pour démonter les raisons avancées dans ce passage. La "fausseté" du principe n'est fondée que sur le refus de prendre en compte le subjectivisme des acteurs, et rien ne démontre que "l'automobiliste énervé" n'agit pas rationnellement, conformément à ses propres fins, en fonction de ses propres moyens. Au reste, quelques lignes plus bas, Popper reconnaît que le principe de rationalité "constitue une bonne approximation de la réalité", provoquant une autre interrogation: en quoi une carte géographique par exemple peut-elle être dite fausse simplement parce qu'elle constitue une bonne approximation de la réalité ? Enfin, last but not least, ce principe jugé "certainement faux" doit néanmoins, d'après Popper, être adopté en sciences sociales, parce qu'il "réduit considérablement le caractère arbitraire des modèles", ce qui est une conséquence inattendue et originale de la "fausseté". A ce niveau d'argumentation, il semble bien que les coûts de défense de la position popperienne soient prohibitifs, et il paraît plus judicieux ne serait-ce qu'en application du principe du rasoir d'Occam, d'admettre la validité a priori du principe de rationalité, comme le font les misesiens et Rothbard.

 

Un deuxième exemple des difficultés auxquelles est conduit Popper en refusant d'admettre l'existence d'une connaissance certaine est donné par les ambiguïtés que son ouvre entretient avec la notion de vérité. Logiquement, lorsque l'on considère qu'une proposition ne peut jamais être certaine, il s'ensuit qu'elle ne peut, non plus, atteindre la vérité absolue, et l'on peut même s'interroger sur la réalité de ce dernier concept. Telle était bien la position initiale de Popper, notamment dans les premières versions allemandes et anglaises de la "Logique de la découverte scientifique". Pour qualifier les théories ayant passé les tests avec succès et n'étant pas (encore) falsifiées, il y recommandait d'éviter l'emploi de l'adjectif "vrai" (ou "faux" pour les théories falsifiées), et proposait de parler dans un premier temps de théories confirmées ou mieux, ayant un degré de confirmation. Puis le terme de confirmation lui paraissant trop étroitement lié à celui de probabilité, cet "ersatz de la certitude", il lui substitua celui de corroboration[47]. Mais, ayant découvert la théorie de la vérité de Tarski, une théorie aristotélicienne classique, selon laquelle la vérité est une adéquation aux faits, ou une correspondance avec les faits, Popper mentionne dans les dernières versions de la Logique qu'il n'hésite plus à parler de "vérité" ou de "fausseté".[48] Dans "Conjectures et Réfutations"[49], la vérité absolue devient même un concept régulateur indispensable pour comprendre l'évolution de la science, mais comme elle n'est jamais atteinte puisque la certitude d'un énoncé reste exclue, Popper propose d'utiliser le mot de vérisimilarité (ou de vérisimilitude) pour évoquer la proximité qu'un énoncé peut avoir avec la vérité. Malgré Tarski et par un reste d'aversion faillibiliste pour la notion de vérité, une théorie non encore falsifiée n'aura pas simplement un degré de vérité, mais un degré de vérisimilarité.

 

Ces tours et ces détours terminologiques traduisent la gêne qu'engendre la position de Popper à l'égard de la certitude. Ils sont d'autant plus étonnants, et significatifs, que leur auteur prétend par ailleurs ne pas accorder d'importance aux mots, refuser d'entrer dans des querelles sémantiques et privilégier les problèmes plutôt que les définitions. Curieusement, ces circonvolutions dues au rejet de l'a priorisme et de l'essentialisme, s'expliquent aussi par une conception tellement idéaliste de la vérité - même s'il s'agit d'une théorie de la vérité correspondance avec les faits - qu'elle est devient inaccessible.[50] Certitude inexistante et vérité inaccessible se conjuguent alors pour ouvrir la voie au scepticisme et à tous les relativismes. Là est sans doute la conséquence involontaire la plus importante de l'épistémologie popperienne.

 

Malgré ses critiques répétées contre le relativisme, qu'il soit éthique ou cognitif, Popper dont l'influence intellectuelle a été immense peut être considéré comme en partie responsable de l'émergence de la "théorie de la post-modernité", cette version contemporaine du relativisme dénoncée par Raymond Boudon[51]. En admettant, dès la Logique, certes avec des nuances, mais en admettant tout de même, le trilemme de Fries[52] selon lequel toute théorie est fondée soit sur le dogmatisme, soit sur une régression à l'infini, soit sur un psychologisme, Popper adhère à l'un des arguments fondamentaux du relativisme. En croyant démontrer qu'aucune théorie déductive n'a de fondements définitifs, cet argument a permis non seulement l'énoncé du faillibilisme, mais aussi celui des thèses de Thomas Kuhn[53] pour lequel la vérité n'est que l'expression du pouvoir d'un groupe dominant, ou de Paul Feyerabend[54] pour lequel il n'y a pas de différence réelle entre science et magie. Ce nihilisme est l'aboutissement logique de l'acceptation du trilemme de Fries, dont l'argument ne supporte qu'une exception : celle des théories dont les prémisses sont purement empiriques[55], ce qui est justement le cas de la praxéologie, fondée sur l'axiome de l'action rationnelle, certain et a priori, tel que le conçoit Murray Rothbard.

 

Dans la concurrence qui oppose l'apriorisme au faillibilisme en tant que paradigme substitut de l'inductivisme, le second n'a pas, en définitive, les avantages que pourrait laisser supposer sa dominance de fait. Si son épistémologie offre des perspectives stimulantes pour appréhender l'évolution des théories scientifiques, elle n'est pas sans failles en tant que théorie universelle de la connaissance scientifique. De plus, les retombées méthodologiques de l'épistémologie popperienne très proches du positivisme, sinon identiques, sont difficilement adaptables aux sciences sociales et à la science économique en particulier.

 

Il en est ainsi parce que ces sciences présentent des caractéristiques qui les différencient des sciences physiques. Dans leur dimension théorique, elles s'attachent à expliquer des évènements typiques (explication de principe) et non des évènements singuliers ou uniques (explications de détails). Dans leur dimension historique, elles ne peuvent échapper à la démarche weberienne du Verstehen du fait de la complexité des phénomènes sociaux. Pour au moins ces deux types de raison que l'école autrichienne, de C. Menger à M. Rothbard, n'a jamais négligé de retenir, il paraît vain de vouloir leur appliquer une méthodologie issue de l'analyse des sciences physiques.

 

En revanche, la méthode praxéologique, héritière de l'apriorisme et d'une conception aristotelicienne de l'homme, semble mieux adaptée à la spécificité des études humaines. L'axiome de l'action rationnelle s'est révélé être d'une fécondité scientifique incomparable, même si les débats sur le contenu de la rationalité restent ouverts. Fonder cet axiome sur un apriorisme à la Rothbard permet, pour reprendre l'image de Wittgenstein, de définir les gonds fixes autour desquels tourne la porte des problèmes de sciences sociales. Cela permet aussi d'aborder la dimension éthique incontournable de ces problèmes qui est trop souvent négligée dans ces disciplines.

 

Enfin, quant au reproche de dogmatisme souvent adressé aux aprioristes et à Rothbard en particulier, il convient de rappeler à ceux qui le portent pour des raisons plus sérieuses qu'une réaction affective à un style parfois tranchant, que l'apriorisme aristotélicien n'implique pas que la connaissance des structures intelligibles du monde soit immédiate et infaillible. Il exige aussi des efforts de réflexions théoriques, de dialogues argumentatifs et de critiques rationnelles, sinon de « rationalisme critique ».

 

 

Une première version de ce texte a été publiée dans le Journal des Economistes et des Etudes Humaines, vol.6 n°1, mars 1995.

 

 

www.liberalia.com                                                                                         novembre 2001

 

 

      Références

 

      Aimar, Th. (1994), "Le rôle de l'information dans la pensée économique Autrichienne". Thèse de Doctorat en Sciences Economiques, Université de Paris I, (à paraître en 1996 aux éditions Economica).

 

      Albert, H. (1988), "Hermeneutics and Economics", Kyklos, Vol XXXXI, n°4.

 

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Notes

 

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      [1] Cf. Rothbard-1991, pp. 85-ss.

 

      [2] Cf. Popper-1981.

 

      [3] Le caractère aristotélicien de la pensée de C. Menger est particulièrement mis en évidence dans les écrits de R. Cubeddu, Cf. Cubeddu-1987 et Cubeddu-1993.

 

      [4] Cf. Mises-1985.

 

      [5] Ibid., p. 36.

 

      [6] Robbins-1935 et Knight-1941. Si celui-ci, aprioriste non autrichien, n'a pas changé d'avis, celui-là devait renier la praxéologie sous l'influence de J.M. Keynes, comme le rappelle Guillaumat dans "Economistes et Charlatans", Rothbard-1991, p. 261.

 

      [7] Cf. Gardner-1993.

 

      [8] Apodictique est avec assertorique et problématique, l'une des trois catégories kantiennes, les deux premières s'opposant comme l'évidence de droit s'oppose à l'évidence de fait.

 

      [9] Cf. Rothbard, op. cit p. 93.

 

      [10] Pour une analyse détaillée de la conception de la rationalité chez Rothbard, Cf. Aimar-1994, pp. 294-ss.

 

      [11] Cf. Smith-1994, p. 36. Le clivage kantien/aristotélicien correspond à l'opposition entre "impositionnist views" et "reflectionnist views" de l'apriorisme epistémologique que développe B. Smith, ou encore à l'opposition entre "knowledge that" et "knowledge of" de R. Rorty, Rorty-1990.

 

      [12] Hayek n'est véritablement aprioriste que pour la "pure logique des choix", cf. Hayek-1953, ch. IV, p. 56. L'epistémologie hayekienne est surtout précisée dans le chapitre 8 de son ouvrage sur les fondements de la psychologie théorique, The Sensory Order, Hayek-1952. Dans la première phrase de ce chapitre, on trouve l'idée "que l'appareil au moyen duquel nous apprenons sur le monde extérieur est lui-même le produit d'une sorte d'expérience". (p. 165). De même p. 191 : "dans l'étude de l'action humaine, en particulier, notre point de départ devra toujours être notre connaissance directe des divers types d'événements mentaux qui restent pour nous des entités irréductibles".

 

      [13] Cf. Radnitzky-1995, pp. 189-ss. L'auteur y critique surtout l'apriorisme kantien de Mises, sans tenir compte des différences épistémologiques entre Mises et Rothbard. L'ouvrage est présenté dans ce même numéro du J.E.E.H. par David Versailles, que je remercie de ses commentaires sur une première version de ce papier.

 

      [14] Mises-1949.

 

      [15] Cf. Hutchinson-1941, et Friedman-1953.

 

      [16] Cf. Hayek-1952, p. 56 note 2.

 

      [17] Cf. Hayek-1937. Le rejet de la praxéologie est plus explicite dans Cato Policy report-1983.

 

      [18] L'argument se retrouve chez Hans Albert, Albert-1988, pp. 592-593, qui ajoute que Mises adopte de telles hypothèses dans ses explications du fonctionnement de l'économie de marché.

 

      [19] Cf. Kirzner-1973.

 

      [20] Cf. Selgin-1988, pp. 19-ss.

 

      [21] Cf. Vanberg-1994.

 

      [22] Dont un symbole est que "Conjectures et Réfutations" de Popper est dédié à F.A. Hayek, comme les Studies in Philosophy, Politics and Economics" de Hayek sont dédiées à K. Popper.

 

      [23] Cf. Popper-1981. ch. VII. Le rejet par Popper de l'essentialisme est lié à son rejet du marxisme. Mais si Marx est bien, comme Aristote, un essentialiste (ou naturaliste), il existe, comme le rappelle Tibor R. Machan, une différence cruciale entre eux : l'essence de l'homme a une composante individuelle primordiale pour Aristote, alors qu'elle est collective pour Marx. Cf. Machan-1990, p. 473.

 

      [24] Cf. Popper-1967. "Ceux qui prétendent que le principe [de rationalité] est a priori veulent dire, bien entendu, qu'il est a priori valide ou a priori vrai. Mais il me semble tout à fait certain qu'ils se trompent", Popper-1967, p. 145.

 

      [25] Cf. par exemple Rizzo-1978, p. 40.

 

      [26] Cf. pour l'économie, Blaug-1982, qui accorde une place privilégiée au faillibilisme et tient l'apriorisme pour quantité négligeable.

 

      [27] Popper-1967.

 

      [28] Ibid., p. 142.

 

      [29] Cf. Rizzo-1978, p. 45.

 

      [30] Pour une analyse de cette thèse, cf. Lakatos-1970.

 

      [31] Radnitzky-1987b, pp. 283-ss.

 

      [32] Boudon-1990, notamment ch. IV, ainsi que Boudon-1995, pp. 519-ss.

 

      [33] Boudon-1990, p. 159.

 

      [34] Cf. par ex. Popper-1981, ch. XXIII.

 

      [35] L'argument se trouve chez Rizzo-1978, p. 42, mais l'auteur ne qualifie pas la "signification", prise au sens large, et prête alors le flanc à la réponse de Popper.

 

      [36] Cf. Popper-1973, p. 37 note 3.

 

      [37] Rizzo-1978, pp. 48-ss.

 

      [38] Cf Boudon-1990, pp. 150-ss.

 

      [39] Cf Rizzo-1978, p. 43, qui signale les analyses de Brand Blanshard, dans Blanshard-1964, sur les limites de l'application du système popperien à la proposition / négation d'une proposition falsifiable.

 

      [40] Cf. Boudon-1990, p. 151.

 

      [41] Cf. Peikoff-1980, p. 160, première publication en 1967.

 

      [42] Cf. Radnitzky-1995, pp. 191-193.

 

      [43] Pour L. Wittgenstein, "il est inhérent à la logique de nos investigations scientifiques qu'effectivement certaines choses ne soient pas mises en doute. Mais ce n'est pas que nous ne puissions pas nous livrer à une investigation sur tout, bien forcés ainsi de nous contenter de présuppositions. Non. Si je veux que la porte tourne, il faut que les gonds soient fixes". Cf. Wittgenstein-1976, p. 89.

 

      [44]  Popper-1973, p. 45, souligné par nous.

 

      [45] Jugement partagé par A.M. Petroni, Petroni-1991, p. 39.

 

      [46] Popper-1967, sic p. 145.

 

      [47] L'histoire de cette substitution est relatée dans Popper-1990, pp. 245-ss. L'assimilation de la probabilité à un "ersatz de la certitude" se trouve dans Popper-1985, p. 97.

 

      [48] Op. cit., p. 280, note de bas de page. Une analyse détaillée de la théorie de Tarski et de son rôle dans les thèses de Popper se trouve dans G. Radnitsky, Radnitsky-1987a, pp. 183-ss.

 

      [49] Cf. Popper-1985, notamment ch. X.

 

      [50] Cette remarque semble avoir été faite à Popper par Alexandre Koyré, cf. Popper-1985, p 177, note 36. Boudon reproche pour sa part à Popper d'avoir implicitement une conception de la vérité unique, non "polythétique". Cf Boudon-1990, ch. VII.

 

      [51] Cf. Boudon-1995, 3ème partie, "Du relativisme". 3

 

      [52] Cf. Popper-1973, p 105.

 

      [53] Kuhn-1983.

 

      [54] Feyerabend-1979.

 

      [55] Cf. Boudon-1995, p. 508. L'auteur semble douter que de telles théories existent vraiment, ce qui rend difficile d'éviter la dérive relativiste qu'il dénonce par ailleurs.