Hans-Hermann Hoppe
Contre le centralisme
Coopération économique
oui,
intégration politique non.
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L'effondrement du communisme dans toute l'Europe de
l'Est a provoqué un mouvement sécessionniste sans précédent. L'Union Soviétique
a cessé d'exister. A la place, il y a plus d'une douzaine d'Etats plus ou moins
indépendants sur son territoire, et parmi ses plus de cent groupes ethniques,
religieux ou linguistiques, plus d'un souhaiterait accédera à l'indépendance.
La Yougoslavie s'est cassée en diverses composantes nationales. La Slovénie, la
Croatie, la Bosnie sont maintenant des Etats. Les Tchèques et les Slovaques se
sont séparés pour former des pays indépendants. En outre, il existe en Pologne
des Allemands, en Slovaquie des Hongrois, en Serbie des Hongrois, Macédoniens et
Albanais, en Roumanie des Allemands et des Hongrois, et en Bulgarie des Turcs
et des Macédoniens, qui désirent l'indépendance. Les événements de l'Europe de
l'Est ont aussi donné une force nouvelle aux mouvements sécessionnistes en
Europe occidentale : Ecossais et Irlandais au Royaume-Uni, Basques et
Catalans en Espagne, Flamands en Belgique, Tyroliens du Sud et Ligue du Nord en
Italie.
D'un point de vue global, en revanche, l'humanité
s'est plus rapprochée que jamais de la situation d'un GOUVERNEMENT MONDIAL.
Même avant la dissolution de l'Union Soviétique, les Etats-Unis avaient acquis
un statut hégémonique sur l'Europe occidentale (plus particulièrement sur
l'Allemagne de l'Ouest) et sur les pays de la bordure du Pacifique (plus
particulièrement le Japon) - comme l'indiquent la présence de troupes et
de bases militaires US, les pactes de l'OTAN et de l'OTASE, le rôle du dollar
US comme monnaie ultime de réserve internationale, et de la Banque de réserve
fédérale comme "prêteur" ou "fournisseur de liquidités" de
dernier ressort pour le système bancaire occidental tout entier, de même que
des institutions telles que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque
mondiale. En outre, sous l'hégémonie des Etats-Unis, l'intégration politique de
l'Europe a constamment progressé. Avec l'institution d'une Banque centrale
européenne et d'une monnaie unique, l'unification européenne sera achevée vers
le tournant du siècle. Après la disparition de l'Empire soviétique et de sa
menace militaire, les Etats-Unis sont apparus comme la seule - et
incontestée - superpuissance militaire du monde.
L'examen de l'Histoire conduit encore à une autre
observation. Au début de ce millénaire, l'Europe était faite de milliers
d'entités territoriales indépendantes. Aujourd'hui, il n'en demeure plus qu'une
ou deux douzaines. Il y a certes eu aussi des tendances à la décentralisation.
Il y a eu la désintégration progressive de l'Empire ottoman entre le XVIème
siècle et la première guerre mondiale, avec l'institution de la Turquie moderne.
L'Empire des Habsbourg a été progressivement démantelé après sa plus grande
expansion à l'époque de Charles Quint, jusqu'à ce qu'il disparaisse en 1918 et
que l'Autriche moderne soit fondée. Cependant, la tendance prépondérante allait
dans le sens opposé. Par exemple, pendant la seconde moitié du XVIIème siècle,
l'Allemagne était faite de quelque 234 comtés, 51 villes libres et 1 500
manoirs de chevaliers indépendants. Vers le début du XIXème siècle, le nombre
était tombé à moins de 50, et en 1871 l'unification était achevée. Le scénario
a été le même en Italie. Même les petits Etats ont une histoire d'expansion et
de centralisation. La Suisse a commencé en 1291 comme une confédération de
trois cantons-Etats indépendants. Dès 1848, elle formait un seul Etat
- fédéral - avec quelque deux douzaines de cantons subordonnés.
La petite taille garante d'une imposition modérée
Comment faut-il interpréter ces phénomènes ? A
en croire la version officielle, la centralisation serait "bonne",
"progressiste", alors que la désintégration et la sécession, quoique
parfois inéluctables, représenteraient un anachronisme. On tient pour assuré
qu'une taille croissante des entités politiques, pour terminer avec un
gouvernement unique dans le monde, garantiraient un élargissement des marchés
et par conséquent une prospérité accrue. Et on en donne pour preuve que la
prospérité économique s'est spectaculairement accrue avec la centralisation.
Or, cette conception "orthodoxe" de
l'Histoire, bien loin d'exprimer la vérité, montre surtout comment celle-ci est
écrite par ses vainqueurs. Une corrélation ou une coïncidence dans le temps, ne
sont pas la preuve d'une relation de cause à effet (1).
En réalité, la relation entre la prospérité économique et la centralisation est
très différente - en fait c'est quasiment le contraire - de ce que
prétend l'orthodoxie.
L'intégration politique (la centralisation) et
l'intégration économique (le développement des marchés) sont deux phénomènes
totalement différents. L'intégration politique passe par l'expansion
territoriale du pouvoir de taxer et de réglementer (d'exproprier) d'un Etat.
L'intégration économique est un approfondissement
de la spécialisation interpersonnelle et interrégionale des compétences (2) et de leur participation aux échanges.
En principe, dans la mesure où ils taxent et
réglementent (= exproprient) les propriétaires de capital privé et de
revenus gagnés à l'échange, tous les Etats détruisent la production. Ils réduisent la participation aux échanges,
ainsi que la création des richesses. Une fois supposée l'existence d'un Etat,
cependant, il n'existe aucun lien direct entre la taille de cet Etat et
l'intégration économique. La Suisse et l'Albanie sont toutes deux de petits
pays, mais la Suisse montre un degré élevé d'intégration économique, alors que
l'Albanie non. Aussi bien l'Union Soviétique que les Etats-Unis étaient
vastes ; cependant, alors qu'aux Etats-Unis une forte participation aux
échanges permettait un grand enrichissement des compétences, en Union soviétique,
pratiquement sans propriété privée du capital, il n'y avait pratiquement aucune
intégration économique. La centralisation, par conséquent, peut aussi bien
aller de pair avec la régression qu'avec le progrès.
Il n'en existe pas moins un important lien indirect
entre la taille du pays et l'intégration économique. Il est impossible qu'un
gouvernement central dominant de vastes territoires - et encore moins un
gouvernement mondial - apparaisse comme cela, ab ovo. Bien au contraire, toutes les institutions qui ont le
pouvoir d'imposer taxes et réglementations aux propriétaires privés ont dû
commencer petites. Et la petite taille pousse à la modération. Un petit Etat a
beaucoup de concurrents proches, et s'il impose et réglemente ses propres
sujets de manière plus voyante que lesdits concurrents, il pâtira certainement
de l'émigration, et d'une baisse correspondante de ses recettes fiscales.
Imaginez par exemple qu'un simple ménage, ou un village, soit territoire
indépendant. Un père pourrait-il faire à son fils, ou un Maire à son village,
ce que le gouvernement de l'Union Soviétique a fait à ses sujets (c'est-à-dire
leur dénier tout droit de propriété sur le capital), ou ce que les Etats dans
toute l'Europe occidentale et les Etats-Unis font à leurs citoyens (c'est-à-dire
leur confisquer jusqu'à 50 % de ce qu'ils ont produit) ? Evidemment
non. Ou bien il y aurait une révolte immédiate et le gouvernement serait
renversé, ou alors tout le monde s'en irait dans le village d'à côté.
Contrairement à la version officielle, par
conséquent, c'est le fait que l'Europe possédait au départ une organisation
politique très décentralisée, avec d'innombrables entités politiques
indépendantes, qui explique l'origine du capitalisme : le développement de
la participation aux échanges et de la production de richesses - dans le
monde occidental. Ce n'est pas par hasard si le capitalisme a d'abord fleuri
dans des conditions d'extrême décentralisation politique : dans les
Cités-Etats de l'Italie du Nord, en Allemagne du Sud, et dans les Pays-Bas
sécessionnistes.
La concurrence pour l'implantation des activités
La concurrence entre petits Etats pour des sujets
imposables les met en conflit les uns avec les autres. A la suite de ces
conflits inter-Etats, évoluant historiquement au cours des siècles, un petit
nombre d'Etats réussissent à étendre leurs territoires, alors que davantage
d'autres sont éliminés ou fusionnent. Quels sont les Etats qui l'emportent dans
ce processus de concurrence éliminatrice et quels sont ceux qui perdent, cela
dépend de nombreux facteurs. Mais dans le long terme, le facteur décisif qui
détermine le résultat est la quantité relative de ressources économiques à la
disposition du gouvernement. En taxant et réglementant, bien entendu, les Etats
ne contribuent en rien à la création de richesses. Bien au contraire, ils
tirent sur la richesse existante de manière parasitaire. Cependant, ils peuvent
toujours affecter défavorablement la quantité de richesses existantes. Toutes
choses égales par ailleurs, moins lourde est la charge des impôts et
réglementations imposées par un gouvernement à son économie, et plus sa
population tend à croître (pour des raisons internes aussi bien que par
l'immigration) et plus grand est le montant de richesses produites sur place
sur lesquelles il peut tirer en cas de conflit avec ses concurrents. C'est pour
cette raison que la centralisation est souvent facteur de progrès. Les Etats
qui taxent et réglementent peu leurs économies - les Etats libéraux -
ont tendance à surpasser les Etats non libéraux, et à étendre leur économie à
leurs dépens. C'est cela qui explique l'apparition de la "Révolution
industrielle" dans les pays centralisés d'Angleterre et de France. Cela
explique pourquoi, au cours du XIXème siècle, l'Europe occidentale en est venue
à dominer le reste du monde (et non le contraire), et pourquoi ce colonialisme
a généralement été facteur de progrès. En outre, il explique la montée des
Etats-Unis au rang de superpuissance au cours du XXème siècle.
Cependant, plus le processus se développe de
gouvernements plus libéraux en soumettant d'autres qui le sont moins, et plus
les territoires sont vastes, moins il y a de concurrents et plus ils sont
éloignés, et plus il en coûte de passer d'un pays à l'autre. De sorte que
s'affaiblissent les contraintes qui poussaient un gouvernement à être libéral.
A mesure que l'on approche de la limite d'un seul gouvernement mondial, toutes
les possibilités de voter avec ses pieds contre un Etat donné disparaissent. Où
que l'on aille, c'est le même système d'impôts et de réglementations qui
s'applique (3). Une fois l'Etat débarrassé du
problème de l'émigration, une contrainte majeure sur l'extension de son pouvoir
est levée. C'est ce qui explique l'évolution du XXème siècle. Avec la première
guerre mondiale, et plus encore après la seconde, les Etats-Unis sont parvenus
à l'hégémonie sur l'Europe occidentale, en héritant ses vastes empires
coloniaux. C'est ainsi qu'a été franchi un pas décisif en direction du
gouvernement mondial. Une Pax Americana
a été instituée. Et en fait, au cours de la période entière, l'Amérique du
Nord, l'Europe occidentale et la plus grande partie du reste du monde ont pâti
d'une croissance spectaculaire et constante de pouvoir étatique, d'impôts et
d'expropriations réglementaires.
Le contrat et non la domination
A quoi sert donc la sécession ?
Au départ, la sécession n'est rien d'autre qu'un
transfert du pouvoir sur la richesse nationalisée d'un plus grand Etat vers un
Etat régional plus petit. Si cela doit ou non conduire à plus ou moins
d'intégration économique et de prospérité, cela dépendra des politiques suivies
par le nouveau gouvernement régional. Cependant, le seul fait de la sécession a
un impact favorable immédiat sur la production, car l'une des raisons les plus
importantes pour la sécession est typiquement la conviction, de la part des
sécessionnistes, qu'eux-mêmes et leur territoire sont exploités par les autres.
Les Slovènes pensaient, avec juste raison, qu'ils étaient systématiquement
pillés par les Serbes et par le gouvernement yougoslave dominé par eux ;
et les Baltes supportaient mal de devoir payer un tribut aux Russes et à l'Etat
soviétique dominé par ceux-ci. Par la vertu de la sécession, les relations de
domination interne sont remplacées par des relations internationales de type
contractuel, c'est-à-dire mutuellement avantageuses. La séparation volontaire
remplace la cohabitation forcée. L'intégration forcée, illustrée par des
mesures telles que la cohabitation raciale obligatoire dans les écoles, le
contrôle des loyers, les lois "contre la discrimination" (4) et, comme je vais l'expliquer, la "libre
immigration", créent inévitablement tensions, haine et conflits. A
l'inverse, la séparation volontaire conduit à l'harmonie sociale et à la paix.
Sous le régime de l'intégration forcée, toute faute peut être attribuée à
quelque groupe ou culture et tout succès à soi-même. Dans un régime de
séparation et d'indépendance, on doit se résoudre à ouvrir les yeux non
seulement sur le fait de la diversité des cultures, mais aussi sur celui de
niveaux visiblement inégaux de
développement culturel. Si un peuple sécessionniste désire améliorer ou
maintenir sa position relative vis-à-vis d'un concurrent, rien ne pourra y
faire qu'un apprentissage soigneusement discriminant. Il faut imiter,
assimiler, et si possible améliorer le savoir-faire, le tour de main, la
pratique et les règles des cultures plus avancées, et se garder de ceux des
cultures moins avancées. Au lieu de promouvoir un nivellement des cultures par
le bas comme le fait l'intégration forcée, la sécession stimule un processus
coopératif de sélection et de progrès culturel.
En outre, même si tout le reste dépend des
politiques intérieures du nouvel Etat régional et s'il n'existe aucune relation
directe entre la taille de l'entité politique et l'intégration aux échanges du
monde, il existe cependant un lien indirect important : de même que
l'intégration politique finit par promouvoir la désintégration économique, la
sécession a tendance à favoriser l'intégration économique et le développement.
Tout d'abord, la sécession implique toujours la rupture d'une population plus
petite d'avec une population plus grande, et constitue par conséquent un vote
contre le principe de la démocratie et de la propriété majoritaire, et pour la
propriété privée, décentralisée. Plus important encore, la sécession accroît
toujours les possibilités de migrations interrégionales, et un gouvernement
sécessionniste est toujours confronté au spectre du vote avec ses pieds. Pour
éviter la perte de ses sujets les plus productifs, il est soumis à une pression
constante pour adopter des politiques internes relativement plus libérales,
autorisant davantage de propriété privée et imposant un moindre fardeau fiscal
et réglementaire que ses voisins. Finalement, s'il y avait autant de
territoires indépendants que de familles, villages ou villes, les possibilités
de sortie du territoire pour raisons économiques seraient maximales, et le
pouvoir du gouvernement sur l'économie intérieure le plus petit possible.
En particulier, plus le pays est petit, et plus
fortes seront les pressions pour adopter la liberté des échanges et non le
protectionnisme. Toute ingérence des hommes de l'Etat dans les échanges avec
les non-résidents limite par la force le domaine des échanges mutuellement
profitables entre territoires et conduit par conséquent à un appauvrissement
relatif, aussi bien national qu'à l'étranger. Mais plus le territoire et ses
marchés intérieurs sont petits, et plus spectaculaire sera cet effet. Un pays
de la taille de la Russie, par exemple, pourrait atteindre des niveaux de vie
relativement élevés même si elle renonçait à tout commerce extérieur, pourvu
qu'elle se dote d'un marché interne parfaitement libre pour les capitaux et les
produits de consommation. En revanche, si les villes ou cantons à majorité
serbe faisaient sécession d'avec la Croatie, et pratiquaient le même
protectionnisme, ce serait un désastre (5).
Imaginons un domaine familial comme la plus petite entité sécessionniste
concevable. En se livrant au libre échange le plus total, même le plus petit
territoire peut être totalement intégré aux échanges du monde et profiter de
tous les avantages de la spécialisation des compétences. Ses propriétaires
pourraient devenir les gens les plus riches du monde. L'existence d'un seul
riche où que ce soit en est d'ailleurs la preuve vivante. En revanche, si la
même famille décidait de renoncer à tout échange entre territoires, il en
résulterait une abjecte pauvreté, voire la mort. En conséquence, plus un
territoire et ses marchés intérieurs sont petits, et plus il y a de chances
qu'il adopte la liberté des échanges.
Le sécessionnisme comme force de progrès
Le sécessionnisme et le développement des
mouvements séparatistes et régionalistes en Europe de l'Est et occidentale ne
représentent absolument pas un anachronisme, mais doivent être considérés comme
les forces potentiellement les plus progressistes du point de vue historique,
particulièrement quand on pense qu'avec la chute de l'Union soviétique, nous
sommes plus proches que jamais d'un "nouvel ordre mondial". La
sécession accroît la diversité ethnique, linguistique, religieuse et
culturelle, alors qu'au cours de siècles de centralisation, des centaines de
cultures différentes ont été étouffées. Elle mettra fin à l'intégration forcée
amenée par la centralisation, et au lieu de susciter les antagonismes sociaux
et le nivellement des cultures, elle favorisera la concurrence pacifique,
coopérative, de cultures différentes, sur des territoires séparés. En
particulier, elle élimine le problème de l'immigration, qui empoisonne de plus
en plus les pays de l'Europe de l'Ouest de même que les Etats-Unis.
Aujourd'hui, chaque fois que le gouvernement central permet l'immigration, il
autorise des étrangers à se rendre
- littéralement sur les routes possédées par l'Etat - jusqu'au pas de
la porte de n'importe lequel de ses résidents, sans se soucier en rien de
savoir si ces résidents-là désirent un tel voisinage avec des étrangers. La
"liberté d'immigrer" est donc, dans une large mesure, une intégration
forcée. La sécession résout ce problème en permettant à des territoires plus
petits d'avoir chacun ses propres critères d'admission, et de déterminer
indépendamment avec qui ils désirent s'associer sur leur propre territoire et
avec qui ils préfèrent coopérer à distance. Enfin, la sécession favorise
l'intégration et le développement économiques. Le processus de centralisation a
conduit à la formation d'un cartel d'Etats dominé par les Etats-Unis, qui
prétend gérer l'immigration, le commerce international et la monnaie
fiduciaire ;à des Etats de plus en plus inquisiteurs, de plus en plus
lourds à supporter, un mouvement d'ingérence humanitaire et militaire au niveau
mondial, la stagnation voire le déclin des niveaux de vie. La sécession, si
elle s'étend suffisamment, pourrait changer tout cela. Une Europe consistant en
des centaines de pays, cantons et régions distincts, de milliers de villes
libres indépendantes comme les "bizarreries" contemporaines de
Monaco, de San Marin et d'Andorre, avec un développement extraordinaire des
possibilités de voter avec ses pieds contre une mauvaise politique économique,
ce serait une Europe de petits gouvernements libéraux économiquement intégrés
par la liberté des échanges et une monnaie-marchandise internationale telle que
l'or. Ce serait une Europe de croissance économique sans précédent et de
prospérité inouïe.
Le texte allemand, publié sous le
titre : "Wirtschaftliche Kooperation statt politische
Zentralisation" ["Coopération économique plutôt que centralisation
politique"] dans la Schweitzer
Monatshefte de mai 1993, pp. 365-371, a inspiré les intertitres et permis
de modifier quelques passages traduits de la version anglaise, "Against
Centralization", parue dans The
Salisbury Review de juin 1993, aux
pp. 26-28. Traduction par François
Guillaumat.
(1) Cf. du
même auteur, Kritik der
kausalwissenschaftlichen Sozialforschung. Untersuchungen zur Grundlegung von
Soziologie und …konomie (Opladen : Westdeutscher Verlag, 1983). Cf.
aussi Ludwig von Mises : Human
Action: A Treatise on Economics (Chicago : Regnery, 1966) [L'Action humaine (Paris, PUF, 1985)]
[N.d.T.]
(2)
Hayek souligne que la spécialisation dite
"internationale" est en fait interpersonnelle,
et que les "facteurs de production" sont essentiellement des compétences que l'intensification des
échanges permet d'approfondir. Il
faudrait donc toujours parler d’approfondissement des compétences" chaque
fois qu'il est question du rôle de la "division du travail" dans
l'enrichissement de la société [N.d.T.].
(3)
Comme la substitution d'une "monnaie
unique" aux diverses monnaies nationales, la prétendue
"harmonisation" fiscale et réglementaire de l'Europe vise à détruire
les contraintes que la concurrence entre Etats impose aujourd'hui au pouvoir de
piller des hommes de l'Etat [N.d.T.].
Privée,
bien sûr : sous prétexte d'interdire la "discrimination" par des
personnes privées, les hommes de l'Etat peuvent en principe détruire toute
liberté de choix de leurs sujets. Car le terme de "discrimination" ne
désigne rien d'autre qu'un choix que l'on désapprouve ; toute action
discrimine, parce que tout choix "préfère et écarte" (von Mises). Ces
interdictions législatives de "discriminer" imposées aux personnes
privées leur sont une application illégitime à des fins d'oppression, du
prétendu "droit public". Ayn Rand écrivait :
"L'astuce consiste à accuser les citoyens
privés de violations particulières du droit qui sont interdites aux hommes de
l'Etat justement parce que lesdits citoyens privés n'ont pas le pouvoir de les
commettre. Cela permet de délier les hommes de l'Etat de toute entrave à leurs
interventions. Ce tour de passe-passe devient de plus en plus évident dans le
domaine de la liberté d'expression."
("Man's
Rights", The Objectivist Newsletter avril 1963. Réédité dans The Virtue of Selfishness, New American Library, New York, 1964 [La Vertu d'égoïsme, Paris, les Belles
Lettres, 1992]).
(4)
Le pseudo-principe public de
"non-discrimination" ou "d'égalité de traitement" résulte
lui-même de la dénaturation d'une authentique
règle du raisonnement juridique : celle de la cohérence logique des principes du droit. Or, un droit soumis à la
logique, c'est un droit qui proscrit toute appropriation violente : c'est
la condamnation radicale du prétendu "droit" public, dont l'alpha et
l'oméga est de prendre aux uns pour donner aux autres. L'hypocrisie est donc
double : lorsque les hommes de l'Etat prétendent soumettre des personnes
privées à une règle de "droit public", comme s'il s'agissait déjà de
fonctionnaires (signe que la société est déjà semi-totalitaire) ; mais
aussi lorsque les hommes de l'Etat prétendent eux-mêmes "ne pas
discriminer", alors qu'ils sont là pour ça. Cette double imposture trouve
son homologue dans la politique économique et sociale, où les hommes de l'Etat
utilisent sans cesse comme prétextes pour violer le droit des personnes des
désordres sociaux durables (crises, chômage, pauvreté) dont leur intervention
était elle-même la cause au départ (cf. sur ce point : Michel de Poncins, Chômage, fils du socialisme, Paris,
OEIL, 1992) [N.d.T.].
(5)
Il suffit de voir ce que donne le blocus de l'Irak
et de la Serbie pour contempler les effets du protectionnisme [N.d.T.].